Kits de protection et micro perche pour rester à distance des personnes interrogées, les reporters sillonnent le pays pour évoquer la réalité de terrain. Les sujets qui font débat et comment dans les différentes région, on appréhende la situation pandémique. Halda Halidi à Mayotte raconte un quotidien en zone rouge

A la rédaction de Mayotte 1ere, port du masque et distanciation sociale
A la rédaction de Mayotte 1ere, port du masque et distanciation sociale © Halda Halidi

Toute la France est déconfinée depuis le 11 mai. Toute ? Non. Une île reste sous le joug du confinement, c'est Mayotte. Zone rouge sur toutes les cartes des autorités sanitaires. Les insulaires Français de l'océan Indien vivent sous la menace d'un double risque pandémique : la dengue et le coronavirus. Sans oublier un contexte économique et sécuritaire tendue. Au sujet de la Covid, l"Agence Régionale de la Santé (ARS) table sur un pic épidémique autour du 20 mai. L'information - comme toutes les informations données sur l'île -, est reçue avec circonspection. Les journalistes de Mayotte la 1ere ont fort à faire face aux sources contradictoires. La nature des informations varie selon l'origine de la provenance, Paris ou local. Et cette dichotomie se retrouve dans les messages officiels. Le ministère à Paris et la Préfecture de Mayotte ne sont pas toujours accordés, notamment sur les chiffres de la mortalité. Quel indice donner au quotidien quand les deux sources de l’État ne parlent pas d'une même voix ? 

Et puis qui meurt de la dengue ? Qui meurt du Coronavirus ? Qui meurt, car celles et ceux qui succombent à domicile ne le crient pas sur les toits. Halda Halidi est journaliste à Mayotte la 1ere. Comme si les difficultés énoncées ne suffisaient pas, la rédaction est diminuée par les virus. Les journalistes moins nombreux doivent fournir encore plus d'efforts pour travailler conjointement sur la vérification des faits et le reportage de terrain. 

A Mayotte, les consignes sont les mêmes qu'ailleurs en France. Le port du masque obligatoire, Halda le porte mais face à des populations démunies qui ne peuvent se l'offrir, elle est donc contrainte de garder ses distances. Avec une perche ? Tout le monde n'en dispose pas. On se débrouille avec un bout de bois et un manche à balai, et on fixe le micro comme on peut. 

Mayotte reste confinée jusqu'à nouvel ordre. Edouard Philippe l'a dit. Mais confiné, on peut mourir de faim, alors on sort pour travailler, gagner son pain. Dehors, le masque, c'est si on a les moyens de s'en offrir un. Garder les enfants enfermés, pas simple, en voilà qui jouent au foot sur une petite place. 

Et puis les autres, celles et ceux qui ont peur des virus restent cloîtrés, leur colère en sourdine prête à exploser. Colère contre les autres qui ne respectent pas le confinement. Cette situation cristallise de nouvelles fractures dans un contexte économique et sanitaire compliqué. Et la violence qui avait disparu sous le coup de la sidération des premiers jours revient. Les bandes armées illustrent les inégalités sociales, les confinés qui ont les moyens d'être confinés doivent guetter la nuit pour ne pas être surpris par les pillards. Et la police et la gendarmerie débordées ne peuvent plus assurer cette sécurité. 

C'est ce contexte que décrit Halda Halidi et les autres journalistes sur l'île de Mayotte. Être précis, juste, ne pas se laisser emporter par la désinformation et surmonter l'indifférence d'une métropole guère intéressée par le quotidien compliqué de ce département français de l'océan Indien.

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