L'expression du pape François est une réalité. On meurt en Méditerranée, la mer est un cimetière. Le bateau l'Aquarius, émanation de la société civile, navigue pour secourir les embarcations en difficulté qui partent de la Libye. Antoine Laurent est marin à bord. Il collabore avec les reporters. Paroles du large.

Sauvetage en mer
Sauvetage en mer © Laurin Schmid / SOS MEDITERRANEE.

Les journalistes qui accompagnent les rotations de l'Aquarius, aussi aguerris soient-ils aux expériences de reportage de guerre en zone hostile, redescendent du bateau très affectés. Ce qui se passe à bord dépasse l'indicible. C'est une chose d'entendre parler des naufrages en Méditerranée, de voir les images d'Africains entassés dans les zodiacs, c'en est une autre d'être dans le creux des vagues, de ne pas arriver à attraper une main qui se tend, de lire la terreur ou la compassion dans les regards d'individus réduits à l'état de bête. 

Mais outre l'accompagnement des opérations de sauvetage, c'est aussi pour les journalistes une occasion unique de recueillir les témoignages de ceux qui ont fui la Libye. C'est ainsi qu'on a appris les premiers cas de torture et d'esclavagisme. Une fois arrivés en Sicile, les migrants sont remis aux autorités et les reporters ne peuvent plus les approcher. 

Antoine Laurent, marin de profession, et d'éducation, -depuis l'âge de 5 ans, il connaît le sens du mot "naviguer"- a grandi dans les vagues de l'Atlantique. Mais c'est au cœur de la Méditerranée qu'il opère aujourd'hui. Ses missions et son savoir faire, il le dédie à l'humanitaire. Parce qu'il n'y a rien de plus urgent à faire. Face à une volonté politique inexistante et des actions brouillonnes, il faut une émanation de la société civile, SOS Méditerranée, susceptible de porter secours aux embarcations en difficulté. On ne parle plus de bateaux, mais bien d'embarcations fabriquées sur la plage avec quelques planches et des bouées, une embarcation dont l’espérance de durée en mer n'excède pas douze heures. Souvent à l'abri des regards, le naufrage survient dès la sortie de la baie. On peut aussi mourir aussi écrasé sous le poids des voisins ou agoniser par brulure du fuel sur la peau et en respirant les vapeurs toxiques.

Le printemps arrive et avec les beaux jours, les tentatives de traversée vont se multiplier. Et il n'y a que les ONG qui surveillent la sortie des eaux territoriales libyennes. Mais comme l'explique Antoine Laurent, les transbordements sont délicats. On peut se noyer devant les secouristes. Dans ces embarcations surchargées, la gestion de la panique est essentielle. Les navires marchands qui s'improvisent secouristes ne sont pas formés pour de telles opérations. Et puis il y a les garde cote libyens, avec lesquels des accrochages ne sont pas exclus. 

Les mois passent, rien ne changent et les embarcations sont chaque fois plus nombreuses. Les rotations de l'Aquarius et sa somme de bonnes volontés à bord essaient de soulever les consciences politiques, engager le sens des responsabilités pour que la Méditerranée ne soit pas un cimetière. 

Antoine Laurent réponse aux questions d'Eric Valmir. 

Entretien dans sa longueur en podcast, la version courte en vidéo. 

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