Après une attaque terroriste, le reporter arrivé sur les lieux est en quête de témoignage. Comment approcher les victimes et comment ces dernières perçoivent-elles les journalistes ? Points de vue croisés et conversation hors du commun entre Caroline et Mathilde qui se sont rencontrées après le drame du Bataclan

Policiers devant l'entrée du Bataclan, mars 2016
Policiers devant l'entrée du Bataclan, mars 2016 © Radio France

Trois heures et demi dans une loge du Bataclan, barricadée derrière un assemblage de meubles et de frigidaires. Les terroristes derrière la porte qui leur promettent la mort. Ils vont et viennent, ils s'acharnent sur la porte qu'ils veulent défoncer. Caroline Langlade n'oubliera jamais sa soirée du 13 novembre 2015. Elle la raconte dans Sortie de Secours, un livre publié chez Robert Laffont, récit des mois qui suivent et le choc post traumatique que l'esprit et le corps ne parviennent pas à digérer.  

Caroline et les autres personnes bloquées avec elles seront libérées au bout de trois longues heures où toutes les pensées passent par la tête... Toutes les horreurs sont entendues. Les policiers qui les libèrent les conduisent vers la sortie. Caroline traverse la salle : des amas de corps et les téléphones portables qui sonnent dans le vide. A l'extérieur, les sirènes, les ambulances, et au loin les flashs. 

Après une attaque terroriste, les rédactions dépêchent sur place les reporters pour qu'ils rapportent ce qui s'est passé. Et la principale source d'information, outre les officiels police /justice, provient directement des rescapés. En racontant leurs histoires, ils s'imposent comme les témoins directs d'un drame. Encore faut-ils qu'ils trouvent la force de formaliser ce vécu avec des mots ! 

On peut toujours avoir la vision caricaturale du journaliste chacal qui se jette sur le rescapé pour lui arracher les phrases de l'horreur "alors, c'est pas trop dur ?"  Et comme le spécifie Caroline, ces attitudes journalistiques existent encore, même si elles sont minoritaires. Mathilde Dehimi, dépêchée au Bataclan le lendemain de l'attaque, s'est présentée aux rescapés et aux familles qui recherchaient les leurs. Solliciter un témoignage en demandant l'autorisation, en posant la question, sans insister, sans forcer la main, sans enregistrer à l'avance.  

Mathilde évoque aussi la responsabilité du reporter. Une famille de victimes ou des rescapés, quand ils s'expriment devant une caméra, parlent parfois à bâtons rompus, sans filtres. Et parce qu'en état de choc, ils sont susceptibles de tenir des propos qu'ils peuvent regretter plus tard. La responsabilité du reporter est de ne pas tout diffuser et de protéger la victime.  Une victime d'attentat ne doit pas subir la double peine que peut infliger la sphère médiatique. Caroline regrette que les journalistes les voient comme "victimes" et non comme "personne humaines". 

Cette conversation passionnante entre Mathilde Dehimi et Caroline Langlade, initiée par Eric Valmir, chef du service reportage de France Inter, à écouter en podcast ou streaming et visible en vidéo. Réalisation : Colas Zibaut et Claire Sarfati

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