"Il est rare, -souligne Marie Pierre Verot, grand reporter à France Culture- de couvrir une actualité à l'étranger avec autant d"énergie positive." Une révolution en marchant et en souriant. La révolution de velours a dérouté les experts mais n'a pas surpris les reporters sur le terrain témoins de l'exaspération.

 Les partisans du Premier ministre arménien Pashinyan célèbrent son élection à Erevan, le 8 mai 2018
Les partisans du Premier ministre arménien Pashinyan célèbrent son élection à Erevan, le 8 mai 2018 © Getty / Artyom Geodakyan\TASS

Il est toujours important de regarder une carte avant d’évoquer un pays. L’Arménie entre Géorgie, Azerbaïdjan, Russie, Turquie et Iran n’entretient pas de relations diplomatiques cordiales avec ses voisins. Conflit ouvert les azerbaïdjanais et pression russe à gérer. Le pays est économiquement faible. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et le niveau de la corruption frappe toutes les couches de la société. Même un diplôme universitaire s’achète et la justice à deux vitesses accorde ses verdicts sur le pouvoir d’achat des accusés. 

Début avril, le Parti Républicain de Serge Sarkissian au pouvoir depuis dix ans remporte les Législatives et conserve sa majorité au Parlement. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dénonce les irrégularités, les achats de vote et des électeurs intimidés. Dès le résultat des élections connu, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue. Ils répondent à l’appel du député opposant Nikol Pachinian, un ancien journaliste de 42 ans. La colère est fomentée par dix années de corruption et de forte émigration des jeunes générations. Depuis 2015, la réforme constitutionnelle a transformé l’Arménie en république parlementaire, tous les pouvoirs dans les mains du premier ministre Serge Sarkissian réputé pro-russe. 

Les manifestations enflent. Des rassemblements festifs sans débordements. Serge Sarkissian et Nikol Pachinian se rencontrent dans un hôtel d’Erevan le 22 avril. L’opposant demande la démission du gouvernant. Il refuse. Le député est arrêté. Mais le 23 tout bascule. Deux cent militaires quittent leurs uniformes  et rejoignent les protestataires. C’est le signe avant-coureur d’un vent qui tourne. Serge Sarkissian annonce son départ. Et là, le pays se transforme en une scène de fête. Pas seulement Erevan la capitale, mais aussi tous les villages. Des banquets dans les rues. Des centaines de drapeaux s’agitent sur la place de la République. 

Mais Sarkissian parti, les manifestations ne s’arrêtent pas pour autant. La rue réclame une passation de pouvoir pacifique et des législatives anticipées. La première revendication trouvera un écho. Le 8 mai, Nikol Pachinian devient chef du gouvernement, mais le Parlement est entièrement acquis au Parti Républicain. 

Comme le dit Marie Pierre Verot, grand reporter de France Culture dépêchée sur place, le temps joue contre lui. Les élections ne seraient pas programmées avant l’automne, le temps pour le Parlement de laisser s’installer une vague d’amertume et de déception. Les chantiers dans le pays sont gigantesques et le désastre économique et la gangrène de la corruption ne peuvent être amputés du jour au lendemain. 

Retour sur ces jours qui ont fait basculer l’Arménie. Marie Pierre Verot avec Eric Valmir, chef du service reportage de France Inter. 

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