En Iran, la profession reporter ne s'envisage pas sans autorisations du pouvoir. Même les correspondants locaux doivent demander la permission de sortir de Téhéran. Ce qui a compliqué la couverture des dernières manifestations qui se tenaient surtout dans 80 villes en Province. Rencontre avec Mariam Pirzadeh.

Manifestations en Iran
Manifestations en Iran © AFP / ATTA KENARE

Exercer la profession de reporter en Iran dans la peau d'un correspondant étranger est un sacerdoce. Déjà, la grande majorité des journalistes en poste sont des pigistes. Il est une règle communément admise. A l'étranger, les journalistes free lance, si ils veulent gagner leurs vies, doivent collaborer avec plusieurs titres, télé, radios, presse écrite. Travailler pour un seul média ne leur permettrait pas de subvenir à leurs besoins. C'est la condition, -pas innocente- qui est posée en Iran. Tout journaliste étranger à la pige doit être enregistré par le pouvoir politique comme correspondant d'un seul titre. Les autorités savent que c'est difficilement tenable. 

Qui plus est, les marges de manœuvre sont restreintes. Les déplacements des journalistes et les rencontres sont surveillés, mais paradoxalement la parole des Iraniens se libère. La difficulté est de l'exprimer devant les médias. Et la deuxième difficulté est que la presse puisse la recueillir, cette parole. En témoignent les dernières manifestations il y a quinze jours. Le mouvement s'étendait surtout dans les villes de Province, 80 au total, ce qui est beaucoup. Et les correspondants en poste à Téhéran n'ont reçu pas l'autorisation de se rendre sur place, donc de rester dans la capitale où la mobilisation était moins forte, et de surcroit, les télévisions étrangères étaient privées de tournage.  Ce blocus a favorisé les fake news, les vidéos contestables sur le net, et semé la confusion dans les esprits, et au final a fini par étouffer un mouvement qui n'avait ni leader ni idéologie. Autant en 2009, il s'agissait de réagir à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, des millions de personnes dans les rues, autant ici, les raisons de la contestation étaient multiples. Les rassemblements désordonnés relevaient souvent d'enjeux locaux. Même si dans le fond, les difficultés de la vie sociale se déterminaient comme un lien fédérateur.

Mariam Pirzadeh, la correspondante de France 24 à Téhéran revient, au micro d'Eric Valmir, sur cette mobilisation qui est retombée aussi vite qu'elle était montée. Le pouvoir aurait tort de sous estimer le niveau d'ébullition que ces manifestions ont révélé. Vivant à Téhéran, et discutant tous les jours avec Iraniennes et Iraniens, la journaliste est une témoin direct du quotidien. "Les Iraniens ne veulent pas d'une révolution dit-elle, ils l'ont eu il y a quarante ans, ils ne veulent pas recommencer. Ce qu'ils veulent, c'est une évolution de leurs sociétés et la manifestation est un outil pour faire passer le message aux autorités"... En clair, qu'une prise de conscience se formalise au plus haut niveau du pouvoir iranien. 

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