Camille Lepage avait 26 ans. Elle a été tuée en Centrafrique le 12 mai 2014. Elle était photo-reporter free-lance Les circonstances de sa mort ne sont pas élucidées. Personne ne l'avait envoyé à Bangui. Elle se sentait comme investie d'une mission. Camille, film de Boris Lojkine s'inspire des derniers mois de sa vie.

Centrafrique - Seleka
Centrafrique - Seleka © Radio France / Claude Guibal

En regardant Camille, le film de Boris Lojkine, (le 16 octobre au cinéma), on ne peut s'empêcher de se demander combien de Camille Lepage existent à travers le monde ? Combien de jeunes reporters free-lance -qu'ils soient photographe, vidéaste ou radio- survivent dans un pays qu'ils veulent faire vivre aux yeux du monde ?

Car Camille n'est pas une reporter comme les autres. Elle ne suit pas les soubresauts de l'actualité. Aller d'un pays à un autre, passer d'une histoire à une autre et enchaîner n'est pas sa raison d'être. Une fois la mission française déployée en Centrafrique, elle aurait pu se rendre en Ukraine, dans le Dombass, la proposition lui est même suggérée par un journal. Mais elle décline et retourne en Centrafrique où elle vivra les derniers mois de sa vie.

Elle ne comprend pas la logique du coup pour coup, l'enfermement dans la violence qui ne régit rien. Avec son seul appareil photo, elle va d'un camp à un autre et entre deux reportages, elle parle de la paix, de ce pays qui n'est pas le sien, mais qui est si beau, avec de si belles personnalités, un tel potentiel si loin des séquences sauvages et sanguinaires dont elle est la témoin. Alors que la Centrafrique s'enfonce dans le chaos, Camille comme investie d'une mission, veut raconter les souffrances inutiles et l'humanité qui se dégage dans chacune de ses rencontres en dépit des corps qui s'amoncellent à l'arrière plan. 

Les films de fictions sur le journalisme de guerre quand ils sont réussis restent des références. Camille fait partie de cette veine. Personne n'a oublié l'Indonésie de Peter Weir dans "L''année de tous les dangers "en 1982.  Le travail de correspondant y était dépeint avec toutes les nuances possibles. Le film de Boris Lojkine raconte avec un réalisme poignant, mais sans démonstration ou mythification du travail de journaliste, la condition d'une reporter free-lance que personne n'a envoyé ici, et qui, avec sa seule conviction, essaie de raconter un pays qui n'intéresse pas Paris. Sauf quand l'armée française débarque. Sauf quand il y a un déchainement de violence. 

Mais la force du film n'est pas de rester sur le seul socle du journalisme. Le reporter, quand il prend sa photo, n'est pas à l'extérieur de ce qu'il est censé montrer.  Il s'inscrit dans un contexte local. Le film aussi. Camille prend le temps des rencontres, prend le temps de la compréhension. Et comment rendre compte le plus justement possible d'une situation de chaos ? Que peut raconter l'image d'un parapluie ouvert sur des cadavres qui semblent tombés du ciel comme une averse ? Comment ne pas céder à l’esthétique de l'horreur ? Comment contourner le voyeurisme ? 

Le film ne fait pas l'économie de la précarité de la profession, précarité dangereuse qui pousse à la prise de risque. Camille ne devait pas se sentir en danger, et pourtant elle était à moto, en reportage avec des anti-balakas armés dans la brousse centrafricaine. Dit-ainsi, on se dit qu'elle n'a pris aucune précaution. Sur place, les critères ne sont pas les mêmes. On jauge à l'instinct. Une atmosphère que l'on décèle dès la bande annonce

Les circonstances de la mort de Camille ne sont pas toujours connues. La vérité tarde à sortir et plus le temps passe, plus les traces s'effacent. Reporters sans Frontières demande une enquête de terrain avant le moindre procès. 

Les parents de Camille et son frère ont crée une association quelques mois après sa mort. L'intention est évidemment de perpétrer son œuvre dans le temps, mais aussi de s'impliquer dans la protection des photo-reporters, pas seulement la sécurité physique, mais aussi leurs droits d'auteurs et toutes les problématiques qui y sont liées . 

Profession Reporter, entretien avec Boris Lojkine, un cinéaste qui a si bien compris les fils de notre profession. Camille, il faut le voir absolument.  Camille n'est pas Camille Lepage mais toutes les Camille Lepage qui lui ressemblent et le film en en est encore plus fort. 

Le 16 octobre en salle. 

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