L'incrédulité et l'indifférence. En Turquie, des journalistes à l'issue de procès qui n'en portent que le nom ont été condamnés à des peines de prison à vie incompressibles. Accusés de collusion terroriste et condamnés en tant que tel. Les journalistes qui expriment une voix critique sont tous en instance de jugement.

Manifestation pour les droits des journalistes en Turquie, en marge du procès contre le personnel du journal Cumhuriyet
Manifestation pour les droits des journalistes en Turquie, en marge du procès contre le personnel du journal Cumhuriyet © Getty / Chris McGrath / Getty Images

Jour d'élections en Turquie. Et si Erdogan l'emporte, c'est un régime de l'hyper-présidence sans premier ministre qui verra le jour, conformément au résultat du Référendum constitutionnel l'an dernier. Doté d'un pouvoir conforté,  Erdogan assouplira-t-il ses positions à l'égard des journalistes contre lesquels il mène une croisade depuis le lendemain du putsch avorté il y a deux ans ? Rien ne l'indique vraiment, et la communauté internationale bien frileuse sur la question serait bien inspirée de s'emparer du sujet. 

Des dizaines de journalistes comparaissent chaque mois. A leur interpellation, on a pensé à tort que c'était une tentative d'intimidation. A leur mise en examen pour collusion avec une activité terroriste, c'était tellement surréaliste qu'on a pensé à une intimidation sans lendemain. Au moment des comparutions kafkaiennes au tribunal, on a pensé que c'était tellement gros qu'aucune condamnation ne serait prononcée. Et puis, après les premières condamnations, on a pensé à l'appel. Et puis, après les premières condamnations à des peines de prison à vie incompressible, ce qui remplace la peine de mort dans le droit turc, on s'est aperçu qu'il n'y avait aucun recours.  Les juges qui mènent les audiences, jeunes et sans expérience, ont remplacé les magistrats démis de leur fonctions. Autre conséquence de la purge, les milieux universitaires et de la magistrature ont été soumis à de fortes pressions. Qui parle de la situation des kurdes ou qui aurait un lien même indirect avec la confrérie Gullen est aussitôt inculpé. 

Et la communauté internationale est restée silencieuse après les condamnations à perpétuité. L'Union Européenne aurait-elle peur du chantage d'Erdogan ? Ne pas se mêler des affaires turques internes sous peine de laisser passer les migrants en provenance des crises syriennes et irakiennes.  Reporters Sans Frontières mène une campagne auprès des partenaires économiques de la Turquie pour qu'ils fassent pression sur Ankara. RSF a par ailleurs saisi la Cour Européenne des Droits de l'Homme qui dispose d'un pouvoir sur la Turquie membre du conseil de l'Europe. 

Entretien avec Johann Bihr de Reporters sans frontières.  La Turquie est aujourd'hui la plus grande prison de journalistes au monde

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