"Dans le cerveau du monstre" n'est pas qu'un film. Son réalisateur, le grand reporter Kamal Redouani, alors qu'il enquête en Lybie dans les ruines de Syrte se voit remettre le disque dur d'un ordinateur trouvé dans les gravats. Il appartenait à un émir de Daech mort dans les décombres. Tout y est consigné

"Dans le cerveau du monstre", un film de Kamal Redouani (capture d'écran)
"Dans le cerveau du monstre", un film de Kamal Redouani (capture d'écran) © CAPA

C'était à Tunis samedi dernier.  Devant une assistance clairsemée en raison de la sécurité qui a limité les effets d'annonce de la projection, Dans le cerveau du monstre de Kamal Redouani, diffusé sur France 5 en prime time le 18 septembre dernier, était présenté à la cité de la culture de Tunis. C'était la première fois que le film passait la Méditerranée pour être montré dans une Tunisie où les jihadistes partis en Syrie sont pour la plupart revenus. Autant dire que le sujet est concernant.

Dans le cerveau du monstre se tient à Syrte, pas très loin de la Tunisie dans le fond. Syrte en Libye. Le grand reporter Kamal Redouani qui travaille en Libye depuis des années veut raconter la ville, sa prise par l'organisation Etat Islamique, puis les combats et la fuite des jihadistes. Familier de la région, le journaliste dispose de réseaux parmi la population. Cette proximité essentielle avec le terrain fait qu'on lui remet le disque dur d'un ordinateur trouvé dans les ruines de la ville. Il est intact. Ce qu'il contient l'est aussi. Il apparait très vite que ce disque dur appartenait à un émir de Daech, apparemment mort dans les décombres. 

Dans cet ordinateur, des centaines de fichiers. Des vidéos, des mises en scènes comme l'exécution de chrétiens égorgés sur la plage, des textes idéologiques, opérationnels,  la prise de Syrte, la stratégie pour infiltrer la population avec douceur puis instaurer la charia, des documents, des debriefs, des notes, des tampons, la mise en place d'un système judiciaire bien spécifique à l'organisation, des topos, des debriefs d'attentats dont les bilans ne satisfont jamais l'auteur des rapports, l'exemple de Madrid, et le développement du terrorisme dit économique, comme le révèle cet extrait du film, la guerre contre les brigades, la perte de la ville.

Ce qui surprend dans ce film : les visages lumineux de jeunes apprentis jihadistes. La douceur des traits d'un Sénégalais qui veut enregistrer un message vidéo de haine contre les Occidentaux, il s'exprime en Français, mais bute, se reprend, rigole, un rire clair et communicatif, ses amis le chambrent. Il y a un tel paradoxe entre l'image qu'il renvoie et les propos qu'il tient. Tout comme cette jeune femme kamikaze au milieu de mères et de leurs enfants, son visage qui fixe la caméra, avant l'attentat qu'elle va commettre, son regard est indescriptible.

Sa profession reporter, Kamal Redouani en a une haute opinion. Des documents faisceau de preuve sur des attentats auraient pu faire la une des journaux, il s'est attaché à raconter l'histoire, à disséquer les neurones du monstre pour en arriver à la conclusion que les jihadistes n'étaient pas à combattre. Le vrai danger, c'est l'idéologie et ceux qui la proclament et veulent la perpétrer. Un émir de l'Organisation Etat Islamique, Kamal et son chef opérateur en ont rencontré un.  Une interview dans l'obscurité. L'homme assène des horreurs, revendique des meurtres et des mutilations pour faits de vols et d'homosexualité. A la fin de cette interview, la conversation n'a pas continué. Caméra éteinte, plus aucune parole n'a été prononcée. L'émir est parti. Kamal aussi. il était pourtant dans sa chambre d'hôtel. Il n'a pas plus y rester une seconde de plus. 

Dans le cerveau du monstre, évite tous les écueils du genre et donne au film journaliste toute la noblesse qu'on en attend.  Informatif, nuancé, complexe.  

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