8 journalistes convoqués dans les bureaux de la DGSI au sujet de reportages dits sensibles qu'ils ont réalisés. Une journaliste du Monde, 3 de "Quotidien" TMC, 3 du site Disclose, 1 de Radio France. Pour l'heure, ils ne sont qu'entendus, mais ces convocations inédites créent un climat intimidant pour les sources.

Le 19 mars 2019 à Brive-la-gaillarde (Corrèze), des gilets jaunes pour la liberté de la presse. Sur une pancarte "Respectons le travail des journalistes" et "pas de presse, démocratie en danger".
Le 19 mars 2019 à Brive-la-gaillarde (Corrèze), des gilets jaunes pour la liberté de la presse. Sur une pancarte "Respectons le travail des journalistes" et "pas de presse, démocratie en danger". © Radio France / Nicolas Blanzat

C'est inédit. 8 journalistes : Ariane Chemin (Le Monde) Benoit Collombat (Radio France) Geoffrey Livolsi, Mathias Destals et Michel Despratx (Disclose) Valentine Oberti, son journaliste reporter d'image et son preneur de son (Bangumi pour Quotidien) mais aussi Louis Dreyfus, le président du directoire du journal le Monde. Tous convoqués dans les bureaux de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure. Pour celles et ceux déjà entendus, les entretiens ont été courtois mais il n'empêche que c'est bien la protection des sources qui est en jeu.  Ces journalistes travaillaient tous sur des sujets sensibles. De la vente d'armes aux Saoudiens avec le conflit yéménite en toile de fond jusqu'aux méandres de l'affaire Benalla. 

Reporters sans Frontières dénonce une stratégie d'intimidation des médias, une pression portée sur le journalisme d'investigation et les sources qui le renseignent.  Les journalistes restent attachés à la protection de leurs sources et ne comptent pas divulguer des identités.  Dans les rédactions, les services police-justice font preuve de vigilance .Tout dépend désormais de la suite qu'entend donner le procureur à cette affaire : ouvrir une information judiciaire avec une possible mise en examen ? Prononcer un rappel à la loi, ce qui équivaudrait à placer une épée de Damoclès au dessus du journaliste et le dissuader de mener des enquêtes trop poussées ? Ou alors, on en reste là, jusqu'à une éventuelle prochaine fois. 

Ces auditions interviennent à un moment où le journalisme est questionné. par la population.  Crise de confiance, défiance généralisée. Dans les sessions "parlons infos", ces rencontres entre les journalistes de France'Inter, franceinfo, France Culture, France Bleu et les publics à travers toute la France, on sent dans les échanges un intérêt pour ce journalisme d'investigation qui change la temporalité du reportage, permet d'approfondir et de décrypter.

L’investigation a Radio France  vise  à questionner les pratiques des puissants, personnalités ou groupes constitués, et de déjouer les stratégies de communication. En ce sens elle constitue un contre-pouvoir. Mais elle ne doit pas être pour autant « idéologique ». Elle ne délivre pas de « prêt à penser », mais expose des faits de nature à permettre aux auditeurs de se forger leur propre opinion.

Souvent, les affaires ne sont que la révélation de faits non connus de l’opinion publique, mais ce journalisme a aussi pour but d’éclairer sur les grands enjeux de sociétés. Il y a quelques années, les affaires politiques ont été à la base de cette discipline, mais au fil des saisons, les questions financières, fiscales, sanitaires, environnementales, et numériques, sont devenues, elles aussi, déterminantes. 

Il est une évidence, le journalisme d'investigation doit obéir à des règles qui ne visent qu'à le grandir. Mais plus que n'importe quelle autre discipline, il demande un espace de liberté qui contrarie les logiques de communication.

Pour cet ensemble de raison, RSF demande des explications sur ces convocations qu'elles soient sans lendemain ou pas. Encore une fois, tout dépend de la suite qui sera donnée. Entretien avec Pauline Ades-Mevel porte parole de Reporters sans Frontières à réécouter en téléchargement. 

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