Survivre à la traversée du désert et de la mer, puis affronter les dangers de la montagne. On parle à raison des naufrages en Méditerranée, un peu moins des Alpes, passage obligé de la route des migrants. Gravir les cols n'est pas si simple. Raphaël Krafft est allé à leur rencontre.

Vue de la vallée de la sainte Catherine a Briancon dans les Hautes Alpes (Hautes-Alpes)
Vue de la vallée de la sainte Catherine a Briancon dans les Hautes Alpes (Hautes-Alpes) © AFP / Leemage

La chaleur et la soif du Sahara Algérien, l'esclavage en Libye, les traversées maritimes à haut risque de la Méditerranée, la remontée de l'Europe, et le franchissement des cols Alpins. Cette dernière étape d'un parcours chaotique qui peut durer des années est moins médiatisée que les autres. Et pourtant... Dans un reportage édifiant que France Culture a diffusé vendredi dernier, à réécouter ici, le journaliste Raphaël Krafft évoque le sort de ces migrants, souvent mineurs, qui se perdent en montagne.  Comme la frontière a connu un renforcement policier à hauteur de Vintimille, les migrants empruntent une route plus au nord.  La région de Briançon a connu un afflux inhabituel de migrants arrivant à pied. Et contrairement aux idées reçues, la population locale se mobilise pour leur venir en aide. Surtout que ces personnes sont dans leur grande majorité mineures. Problème, cette générosité civile se mettrait au travers de la loi, une aide caractérisée à l'immigration illégale, mais s'agissant de mineurs déjà entrés sur le territoire, comment incriminer ceux qui leur offrent un plat ou une couverture quand on sait que les lois européennes en vigueur portent assistance et protection à toutes personnes mineures en danger ? 

Tout aussi complexes, les questionnements qui animent le journaliste. Raphael Krafft a travaillé à Vintimille en 2015, sur l'Acquarius en Méditerranée cet été, cet automne dans les cols alpins aux abords de Briançon et à chaque fois les mêmes écueils. Comment aborder ces populations qui se méfient de tout et de tous, gagner leur confiance pour entamer un dialogue, et une fois le contact établi, recueillir leur témoignage ?  Mais aussi quel crédit accorder à cette parole ? La question de la confiance est primordiale. Et d'ailleurs, dans ces moments de reportages qui touchent les cordes les plus sensibles de l'âme humaine, comment rester impassible, garder la sacro-sainte distance ? Une fois, il y a deux ans, l'évidence d'aider celui qu'il interrogeait s'est présenté à Raphaël. Il l'a aidé à passer la frontière et en a fait un livre. Passeurs.  

Comme le dit Raphaël dans cette conversation avec Eric Valmir, le chef du service reportage de France Inter, "c'est une gymnastique intellectuelle nouvelle qui est imposée aux reporters français. Ces histoires de maltraitance, de refus de l'autre, de frontières fermées aux réfugiés qui fuient la guerre et la misère, on allait les chercher hier sur d'autres continents. Aujourd'hui, elles sont dans les régions où nous avons grandi paisiblement". 

La version courte de cet entretien à regarder sur la vidéo réalisée par Claire Sarfati et Colas Zibaut.  Version longue (audio) à écouter en podcast ou streaming . 

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