Le Soudan ne s'est pas soulevé soudainement comme le prédisait la chanson de Souchon. C'est une colère qui est montée crescendo ces dernières années. Le grand reporter Jean-Philippe Remy (Le Monde) en se rendant régulièrement à Karthoum a vu gonfler les cortèges en dépit de la violente répression organisée.

Des officiers de l'armée soudanaise montent la garde alors que des manifestants soudanais se rassemblent pour réclamer un gouvernement de transition civil devant le quartier général de l'armée à Khartoum
Des officiers de l'armée soudanaise montent la garde alors que des manifestants soudanais se rassemblent pour réclamer un gouvernement de transition civil devant le quartier général de l'armée à Khartoum © AFP / ANADOLU AGENCY / Mahmoud Hjaj

Rêver c'est déjà ça, chantait Souchon, évoquant un Soudan qui pourrait se relever. Ce n'est plus un rêve, mais une réalité passée par la violence et la mort. Depuis la Sécession avec le sud, l'inflation et la baisse du niveau de vie ont formé des cortèges dans les rues de Khartoum. Violemment réprimés. En 2013, les forces de l'ordre doivent viser les poitrines et les têtes. Environ 200 morts. Les manifestants ne descendent plus dans la rue.

Et puis en décembre 2018, le mouvement reprend. Sa puissance vient d'une population et d'une classe moyenne qui n'a plus rien à perdre. Il n'y a plus d'argent, la faute à un pouvoir qui se partage les richesses sans en faire profiter la population affamée. Qu'importe que les picks-up déversent des miliciens dans les rues dont la mission est de tabasser à tour de bras, qu'importent les arrestations arbitraires, les tortures, les Soudanais ne se découragent et sont de plus en plus nombreux. Jeunes et vieux et surtout des femmes, beaucoup de femmes, de toutes classes sociales, de toutes les générations. C'est l'histoire d'un peuple qui veut se réapproprier son histoire, définir son identité, en finir avec la sensation de voir un pays gâché et ruiné par des gouvernants qui n'ont jamais perçu l'intérêt général. 

Mais avant les grandes manifestations de mi-avril, personne ou presque ne relatait l'histoire de ce Soudan en révolte. C'est loin le Soudan, et puis les journalistes n'y entrent pas facilement. 

Étonnant qu'il n'y ait pas un suivi plus régulier de l'actualité soudanaise. Pays arabe en Afrique, frontalier de l’Égypte, du Tchad, de la Centrafrique et de l'autre coté de la mer Rouge : l'Arabie Saoudite. Une position géostratégique.

Un grand reporter français s'intéresse au Soudan depuis des années. Il nous a fait vivre en temps réel les soubresauts de la société soudaine, les grandes manifestations, le pouvoir contesté. C'est Jean-Philippe Remy dont on a apprécié les articles dans le journal Le Monde.

Jean-Philippe a suivi les cortèges qui réclament un pouvoir civil fort alors que les militaires entendent conserver les ministères régaliens. On en est là.

A réécouter en podcast les paroles de Jean-Philippe Remy depuis le Soudan avec Eric Valmir

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