On les appelle les fixeurs. Guide, interprètes parfois chauffeurs, ils aident les journalistes envoyés spéciaux et sur les zones de conflit, ils apportent une aide aux forces militaires. En Afghanistan, les anciens interprètes de l'armée française ne vivent plus en sécurité chez eux. Les Talibans sont toujours là

La briguade Richelieu sur la place d'armes de la FOB de Tora dans le disctrict du Surobi en Afghanistan
La briguade Richelieu sur la place d'armes de la FOB de Tora dans le disctrict du Surobi en Afghanistan © Radio France / Nicolas Mathias & Alain Le Gouguec

"Je ne veux pas être assassiné ou mourir dans un attentat", c'est une phrase récurrente chez les anciens interprètes de l'armée française.  Depuis le 20 octobre, elle résonne avec un autre écho. Qader Daudzai est mort.  Ce samedi soir, Qader Daudzai se trouvait dans le bureau de vote  qui a été visé par un kamikaze dans le nord de Kaboul. Ancien interprète de l'armée française, il avait fait il y a trois ans une demande de visa pour la France. Elle avait été rejetée. Père de trois enfants en bas âge, devait envoyer dans les prochains jours son dossier dans le cadre d'une nouvelle procédure de relocalisation ouverte le 15 octobre afin que les dossiers rejetés puissent être à nouveau étudiés. Il n’aura pas cette chance. Entre ceux qui meurent sur place, et les autres terrés chez eux qui n’osent plus sortir, la situation devient intenable. 

Ces interprètes sont connus aussi des reporters envoyés spéciaux qui utilisent leurs services précieux. La langue, la connaissance du terrain, parfois leurs voitures aussi. En zone hostile ou pendant les périodes de guerre, ces collaborations ne sont pas sans conséquence pour eux. Les Afghans qui ont aidé les occidentaux dans la phase de "sécurisation" du pays ont été condamnés à morts par les Talibans et leurs sympathisants. Pas explicitement, mais presque. Les photos des interprètes circulent dans les villages. Ils sont présentés comme des traîtres. Alors que les forces armées se retirent les unes après les autres, -la France est partie il y a quatre ans- ces interprètes ne donnent pas chers de leurs peaux dans un pays où les attentats se succèdent les uns aux autres.  La peur s'immisce dans les familles

Abdul Raziq Adeel, qui a pu rallier la France préside l’association des anciens interprètes de l’armée française en Afghanistan. Il a trouvé refuge dans le département de l'Aisne et essaie de sensibiliser le gouvernement et l'opinion publique aux dangers que ses compatriotes encourent, aux dangers auxquels lui même est exposé s'il venait à rentrer dans son pays. Ils sont condamnés à mort pour avoir servi la France. Celles et ceux qui exercent la profession reporter ne peuvent s'empêcher de manifester une proximité aux anciens interprètes afghans de l'armée française. 

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