La naissance de Mercy sur l'Aquarius a inspiré la chanson de Madame Monsieur. Elle n'est pas un cas isolé. Des femmes seules avec enfants en bas âge sont nombreuses dans les camps de réfugiés en Sicile. Alessandro Puglia, journaliste, cherche humaniser les histoires de migrants souvent réduites à une question de flux

Alessandro avec Sonna, jeune nigeriane
Alessandro avec Sonna, jeune nigeriane © Radio France / Alessandro Puglia

Mercy est née sur l'Aquarius le 21 juillet 2017. Sa mère venait d'être sauvée de la noyade par l'équipe d'SOS Méditerranée. A bord du bateau de l'ONG le journaliste Gregory Leclerc de Nice-Matintémoin de la scène immortalise d'une photo et d'une vidéo la naissance.  Emilie et Jean Karl du groupe Madame Monsieur tombent sur le tweet du reporter. Émus et touchés par la sensibilité de cette histoire, ils décident d'en faire une chanson. Quelques mois plus tard, le titre "Mercy " est sélectionné pour représenter la France à l'Eurovision le 12 mai prochain à Lisbonne. Et l'attention médiatique se fixe alors sur elle. Son histoire ici.  

Et les coulisses du reportage ici. L'instant M par Sonia Devillers. 

Mais le destin de Mercy et Taiwo n'est pas un cas isolé. Dans le camp de Catane où elles sont depuis un an, elles sont des dizaines à porter la même histoire, des mères seules avec enfants en bas âge qui ont traversé l'enfer. Aucunes d'entre elles ne bénéficient d'une attention médiatique. Il a fallu un journaliste témoin de la scène d'un accouchement, qu'il en fasse un tweet, qu'un groupe en fasse une chanson, et que cette chanson aille sur une scène européenne pour que Mercy incarne les parcours hors du commun de ces femmes enceintes. Ces femmes qui risquent leurs vies pour donner un futur à l'enfant qui naîtra. A travers les paroles de Taiwo, ce sont les souffrances et les émotions de ces réfugiées qui s'expriment. 

Alessandro Puglia, journaliste sicilien à Catane est marqué par les flux incessants qui déferlent au port de Catane. Entre les débarquements des bateaux d'ONG, gardes côtes et navires marchands, il ne sait plus où donner de la tête pour alerter l'opinion sur ces populations en détresse. L'effet de répétition génère la lassitude. Tout le monde sait, tout le monde comprend. Ok, ils risquent leurs vies pour traverser la Méditerranée et après ? C'est malheureux, mais c'est comme ça. Alessandro a beau relayer les témoignages. Non, ils ne risquent pas leurs vies dans ces embarcations fébriles, ils cherchent à échapper à une mort promise. Le point de vue n'est pas le même. Et Alessandro de raconter régulièrement le destin de ces jeunes gens, de ces enfants qui arrivent orphelins, de cet Érythréen qui pèse 30 kilos à son arrivée et qui meurt le lendemain. Alessandro parle avec eux, écrit, enregistre. Le travail du reporter se brouille avec les sentiments. Les quitter après l'interview et ne pas s'enquérir de ce qu'ils sont devenus ensuite n'est pas possible. Un lien avec les enfants, leurs mères ne peut être que maintenu. 

Sur la photo d'ouverture de page, Alessandro pose avec Sonna, une jeune Nigériane qui rappelle Mercy. Sonna vit à Sutera dans la province de Caltanisseta. Ce village de Sutera en pleine campagne a été abandonné par ses habitants, et les maisons ont donc été réhabilités pour héberger des migrants. 

Sur cet autre photo, Alessandro se trouve avec trois autres migrants dont Mamadou qui est le survivant miraculé d'un naufrage. La photo est prise dans un centre.

Alessandro, Mamadou et deux autres migrants
Alessandro, Mamadou et deux autres migrants © Radio France / Alessandro Puglia

Le récit du destin Mercy ne doit pas jouer des émotions faciles, -c'est le piège de l'exercice-, au contraire, il s'agit à partir d'un cas particulier d'exposer un problème global. Et dans ce travail sans relâche, le journaliste peut se trouver visé par des enquêtes judiciaires pour un chef d'accusation qui s'approcherait de notre délit de solidarité français. Non seulement sa fonction de reporter est éprouvante, les interviews qu'ils réalisent laissent des traces psychologiques, et en plus, elles n’intéressent pas forcément les rédactions submergées par les sujets liés aux migrants. Et voilà que de surcroît, l'autorité judiciaire cherche à le décourager. 

"Cher Alessandro, toi qui travailles toujours dans l'ombre, laisse moi braquer un projecteur français sur toi aujourd'hui et sur la qualité intègre de ton travail."   Eric 

Sur la vidéo ci dessous, retour sur la chronologie du destin de Mercy lié à une chanson de Madame Monsieur .

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