Chassés de Birmanie, malvenus au Bangladesh, les Rohingyas se terrent entre les deux eaux du fleuve frontalier. Ils seraient 700 000 à vivre dans des camps de fortune. Julie Pietri et Marcos Darras se sont rendus sur place pour découvrir une tragédie que le monde feint de ne pas voir.

Quand les gardes-côtes Bangladais les stoppent. Ils sont des dizaines à attendre dans l'eau.
Quand les gardes-côtes Bangladais les stoppent. Ils sont des dizaines à attendre dans l'eau. © Radio France / Julie Pietri

Près de 700 000, pas loin du million disent les humanitaires présents sur place, le nombre de réfugiés qui se présentent dans les camps massés aux abords de la frontière est imprécis mais atteint des proportions records.  Depuis des décennies, en Birmanie, les Rohingyas sont persécutés  par les bouddhistes et la junte militaire au pouvoir jusqu'en 2011.  Mais depuis rien n'a changé et  cette année la répression s'est accentuée sans provoquer la moindre réaction d'Aung San Suu Kyi qui, en raison de cette passivité, a vu son image écornée dans le monde. Chassés de Birmanie, déchus de leur nationalité depuis 1982, malvenus au Bangladesh, victime de meurtres, de massacres, d'expropriation de terres, de pillages, les Rohingyas n'ont pas d'endroit où aller et le monde regarde ailleurs. 

Le point de passage de Bahar Para, au Bangladesh. Ce jour là, des dizaines de milliers de personnes sont arrivées en quelques heures. Au loin, les montagnes de Birmanie.
Le point de passage de Bahar Para, au Bangladesh. Ce jour là, des dizaines de milliers de personnes sont arrivées en quelques heures. Au loin, les montagnes de Birmanie. © Radio France / Julie Pietri

Julie Pietri et Marcos Darras se sont rendus dans la région de Cox's Bazar, dans sa partie sud, zone frontalière avec la Birmanie où des dizaines de milliers de Rohingyas transitent chaque semaine. Ils traversent le fleuve et s'entassent dans les camps sans être identifiés par les autorités.Ils n'ont même pas le statut de réfugiés et les ONG sont dépassés, même si elles parviennent à organiser des campagnes de vaccination pour endiguer les épidémies. Il fait chaud et les familles manquent  de tout. Elles ont marché huit jours et ont fui leurs maisons sans rien emporter

Ces camps sont occupés à 60% par des enfants et l'Unicef tente de déployer des programmes d'éducation. A son retour de son reportage, dans son entretien avec Eric Valmir, Julie Pietri raconte les visages sans expressions. Des voix monocordes et des yeux qui ne disent plus rien. Rien d'étonnant au vu des massacres perpétrés. Des parents tués, des enfants brulés. 

Et  maintenant ? Que sera demain ? Dans un premier temps, se murmure la crainte bien légitime de voir les recruteurs djihadistes essaimer les rangs de ces enfants adolescents battus qui ont tout perdu et ont traversé l'enfer dans l'indifférence générale.  

Les invités
L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.