Descendre dans la rue, revendiquer, écrire sa colère sur une pancarte et la brandir en public, les Algériens n'étaient pas habitués. Et dès les premiers cortèges, les journalistes ont peiné à couvrir comme ils l'entendaient ce mouvement de contestation. Profession Reporter entre intimidation et interpellation

Les Algériens dans la rue
Les Algériens dans la rue © Radio France / Wahiba Fillali

Alors que les premières manifestations s'organisaient à Alger pour s'opposer ouvertement à un éventuel cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, les journalistes algériens organisaient le 28 février un sit-in pour dénoncer les restrictions imposées dans la couverture de cette actualité. Une centaine d'entre eux rassemblée, une dizaine interpellée puis relâchée en fin de journée.

Pour les journalistes étrangers, la difficulté majeure est d'obtenir un visa pour couvrir la crise algérienne. Délivrés au compte goutte. Les procédures sont longues. Et sur place, en dépit du visa et des autorisations, mieux vaut ne pas trop montrer son micro et faire des interviews en pleine rue. 

Même si les conditions s'améliorent aujourd'hui, les premières manifestations n'ont pas été facile à couvrir,  en raison notamment de la difficulté à obtenir un droit d'entrée sur le territoire Algérien. Dans ce moment là, les rédactions de Radio France ont fait appel à leurs journalistes franco-algériens. 

Une des premières envoyées spéciales à travailler dans les cortèges à Alger fut Wahiba Fillali. Elle n'a pas reconnu son pays quand elle a arpenté les rues d'Alger. Wahiba qui couvre depuis novembre la crise des gilets jaunes à Paris et en France a trouvé un tout autre écho dans les cortèges algériens. En premier lieu, la joie. "L'Algérie à visage découvert dans la rue, on n'est pas habitué." 

Et ce principe nouveau fait que les cortèges génèrent une énergie positive. Des chants et de l'enthousiasme. Et la colère bien réelle, elle se lit. La rage a été écrite sur les pancartes et les banderoles qui sont brandies avec véhémence. 

Et surtout, précise Wahiba -a réécouter ici en téléchargement-, il y a dans ces manifestations auto-régulées avec dans les cortèges des services de nettoyage organisées pour laisser les rues nettes, une grande lucidité. Cette contestation de rue ne suffit pas. L'exemple récent des printemps arabes en témoigne. La fin politique du président Bouteflika n'est pas une fin en soi. La chute du régime non plus. Il faut des solutions alternatives dit la rue et que la colère populaire ne soit pas détournée et récupérée par des opportunistes politiques et des groupes en embuscade. 

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