Regards croisés de :Caroline Fourest , rédactrice en chef de la revue ProChoixMonique Dagnaud , directrice de recherche au CNRS, maitre de conférence à l'EHESS.Génération Y. Ed presses de Sciences Po. 2011Nicolas Beytout, éditorialiste aux Echos

Le drame d'Echirolles

Vendredi dernier, entre 20h50 et 21h05, deux jeunes hommes de 21 ans étaient tués à coups de couteaux, de marteau et criblés de grenaille dans le parc maurice Thorez d'Echirolles, près de Grenoble.

Kévin et Sofiane n'ont pas été les victimes d'un règlement de comptes sur fond de trafic de stupéfiants ou de contrôle de territoires comme l'attestent le Procureur de la République et le commissaire, directeur départemental de la sécurité publique. Une histoire de regard semble t-il, où se mêlent les questions de virilité, de respect et d'honneur.

Un homme engagé dans l'armé depuis le mois de janvier, a été mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour "assassinats" par le Parquet de Grenoble. il est suspecté de double homicide, commis en réunion avec une dizaine de jeunes.

Au moins neuf autres suspects avec lui. Sept dont un mineur sont incarcérés depuis mercredi. deux autres qui avaient fui se sont finalement présentés jeudi à l'hôtel de police de Grenoble.

Tous sont des jeuens oisifs, sans emploi ni formation. Ils ont terminé leur cursus scolaire et "tiennent les murs" de la cité qui les a vus grandir.

Les investissements qataris en France

Le Qatar, moins de 12.000 km2 et deux millions d'habitants dont un dixième de nationaux, possède les troisièmes réserves de gaz naturel du monde, dont il est le premier exportateur. Il produit aussi environ 1,2 million de barils de pétrole par jour.

Depuis quelques années, il manifeste une forte volonté de jouer un rôle politique régional en s'appuyant sur sa puissance financière, notamment par le biais de son fonds souverain, le Qatar Investment authority (QIA).

Nicolas Sarkozy a "travaillé" avec le Qatar dans des dossiers délicats comme celui des infirmières bulgares détenues en Libye, la crise libanaise ou le conflit du Darfour, ou pour faire passer des messages à l'Iran, à la Syrie et à leurs protégés islamistes palestiniens.

Mais le Qatar est le refuge et le porte-voix, par le canal de sa chaîne Al Djazira, de prédicateurs extrémistes comme Youssouf Al Qaradaoui, dirigeant spirituel des Frères musulmans dans le monde, connu pour de violents propos antisémites, que Nicolas Sarkozy a interdit de venir en France en mars.

L'émirat est aussi soupçonné de financer des groupes salafistes, djihadistes ou liés aux Frères musulmans de la Syrie au Mali en passant par la Libye et le Maghreb.

Les projets d'investissements du Qatar en France, dans le secteur sportif ou pour relancer l'activité dans les banlieues, continuent de susciter des interrogations dans la classe politique, où l'idée d'une commission d'enquête parlementaire commence à faire son chemin.

Après avoir investi dans le secteur sportif, au Paris-Saint-Germain (football et handball) et dans l'achat de droits de diffusion TV, puis sur le marché de l'art, le Qatar s'intéresse depuis fin 2011 aux banlieues françaises, auxquelles il voulait dédier à l'origine un fonds de 50 millions d'euros.

L'initiative a été reportée avant les élections en France, afin d'éviter son instrumentalisation politique. La présidente du Front national, Marine Le Pen, avait notamment accusé le Qatar "d'investir massivement" sur une base communautaire dans les banlieues, où vivent de nombreux musulmans.

La nouvelle majorité cherche désormais à modifier les contours de cette initiative, en s'orientant plutôt, selon le ministère du Redressement productif, vers "un fonds franco-qatari", abondé par l'Etat et le privé, destiné à l'ensemble des territoires déshérités pour aider à y créer de l'emploi. Son montant n'est pas encore fixé.

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