Autour d ela table ce soir, Caroline Fourest de la revue ProChoix, Dominique Reynié de la Fondapol et Nicolas Beytout , éditorialiste.

Portrait du nouveau Pape François (source: service de documentation de RF)

L'Argentin Jorge Bergoglio, 76 ans, élu pape le 13 mars 2013 sous le nom de François, est un jésuite considéré comme modéré, de tendance réformiste, aux goûts simples: il aime le football et préfère le métro de Buenos Aires aux voitures avec chauffeur.Selon les indiscrétions qui ont filtré sur le précédent conclave, en 2005, il était le dernier cardinal en lice face à Benoît XVI, avant de se retirer. Son élection au Saint-Siège est une première pour l'Eglise catholique, qui n'a jamais été dirigée par un représentant de la Compagnie de Jésus. C'est aussi le premier Latino-américain à devenir pape, alors que le sous-continent concentre la plus grande communauté catholique du monde, 500 millions de fidèles. Archevêque de Buenos Aires et primat d'Argentine jusqu'à mercredi, cet homme réservé jouit d'un grand prestige au Vatican comme à Buenos Aires. "C'est un Argentin du port de Buenos Aires, Buenos Aires est son berceau. Il prend le métro, il aime voyager avec les gens, il a rarement utilisé une voiture avec chauffeur. En tant que cardinal, il a continué de vivre la vie normale d'un prêtre. C'est un homme irréprochable", dit Guillermo Marco, son plus proche collaborateur dans la capitale argentine.Afin d'écrire un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Eglise, il s'est choisi pour nom de pape celui de François. "Il a dû choisir ce nom pour (le combat à mener contre) la pauvreté, il a toujours été un grand admirateur de François d'Assise", précise Guillermo Marco. "C'est un homme simple, qui a une grande compassion pour les plus nécessiteux", dit de lui monseigneur Eduardo Garcia, évêque auxiliaire de Buenos Aires.Né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, le nouveau pape a vu le jour dans une famille modeste du quartier traditionnel de Flores, au cour de Buenos Aires. Fils d'un cheminot d'origine italienne, il va à l'école publique. Il achève ses études avec en poche un diplôme de technicien en chimie. Dans son quartier natal de Florès, où il a grandi avec ses parents, un frère et une soeur dans une maison partagée en plusieurs appartements, ses amis d'enfance se souviennent de l'enfant jouant au football, du jeune homme studieux, de l'évêque préoccupé par le sort des pauvres et du cardinal toujours à l'écoute.C'est dans un confessionnal de l'église San José de Florès, à l'âge de 17 ans, que Jorge Bergoglio a eu "une révélation divine", pour entrer dans les ordres, affirme le curé de la paroisse, le père Gabriel. Ce prêtre se souvient des directives du cardinal, aller dans les quartiers marginalisés, et prédit sous le pontificat de François "une Eglise austère, sans luxe, (qui va) dans la rue". A 22 ans, Jorge Bergoglio intègre la Compagnie de Jésus, où il y étudie les humanités et obtient une licence de philosophie. Après un détour par l'enseignement privé, il suit des études de théologie. Il est ordonné prêtre le 13 décembre 1969.Moins de quatre ans plus tard, à tout juste 36 ans, il est élu provincial (responsable national) des jésuites argentins. Il assumera ces responsabilités pendant six ans.Pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983), Jorge Bergoglio se bat pour conserver l'unité d'un mouvement jésuite taraudé par la théologie de la libération, avec un mot d'ordre : maintenir le caractère apolitique de la Compagnie de Jésus.Le futur cardinal se rend ensuite à Fribourg, en Allemagne, où il obtient son doctorat. A son retour, il reprend l'activité pastorale en tant que simple curé de province dans la ville de Cordoba, à 700 km au nord de Buenos Aires.Le 20 mai 1992, Jean-Paul II le nomme évêque auxiliaire de Buenos Aires. Il grimpe alors les échelons de la hiérarchie catholique de la capitale pour devenir cardinal le 21 février 2001. En dépit de cette carrière météorique, l'homme est resté "très humble" et "garde un profil bas", selon le père Marco, qui ajoute qu'il n'a pas de vie nocturne : il se lève à 04h30 du matin et termine sa journée à 21h00. Il a renoncé à occuper la somptueuse résidence des archevêques de Buenos Aires.Lecteur de presse assidu, il aime la littérature de Jorge Luis Borges et de Dostoïevski, l'opéra et est un fervent supporteur de San Lorenzo, un des clubs de football de Buenos Aires, fondé par le prêtre Lorenzo Massa. En 2010, Jorge Bergoglio s'est opposé avec vigueur à la loi légalisant le mariage homosexuel en Argentine, pays où les trois-quarts des habitants sont des catholiques. Il s'est aussi élevé contre le droit octroyé aux transsexuels de changer de sexe à l'état civil.La tension est alors montée entre le primat d'Argentine et la présidente de centre gauche Cristina Kirchner. En revanche, l'avortement reste prohibé en Argentine, sous la pression de l'Eglise.En septembre 2012, le cardinal Bergoglio a critiqué les prêtres refusant de baptiser les enfants nés hors mariage, les qualifiant d'"hypocrites". En Argentine, des voix s'élèvent pour dénoncer des liens avec la dictature (1976-1983). Des juges l'ont entendu comme témoin dans une affaire d'enlèvement de deux missionnaires jésuites le 23 mai 1976. Jeudi, les réseaux sociaux revenaient sur cet épisode qui avait déjà surgi avant le conclave de 2005. Un graffiti fraichement écrit sur un mur proche de la cathédrale accusait: "le pape est un ami de Videla", président de l'Argentine aux pires heures de la dictature.Au Saint-Siège, il était avant son élection membre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.Sergio Rubin, qui a signé "Le Jésuite", livre d'entretien avec Bergoglio, voyait plutôt en lui "un faiseur de rois", de par son influence dans les couloirs du Vatican, qu'un favori.Il le décrit à l'image de Jean Paul II "conservateur au niveau de la doctrine, progressiste en matière sociale". Le prélat, marqué par la crise économique argentine de 2001, est selon lui "un critique sévère du FMI et du néolibéralisme".Cet éminent vaticaniste du quotidien argentin Clarin prête au pape François la capacité de "rénover la curie romaine" et d'"apporter un nouveau souffle au sein de l'Eglise"."C'est un homme audacieux", avertit son ancien porte-parole, Gustavo Boquin.

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