Jerome Jaffré, directeur du centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique (Cecop), et Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po et directeur du Cevipof, seront les invités de « Questions Politiques » ce dimanche.

Jérôme Jaffré et Martial Foucault
Jérôme Jaffré et Martial Foucault © Martin Bureau - AFP / Vincent Isore - MaxPPP

A moins d'une semaine du début de la mobilisation contre la réforme des retraites, le politologue Jérôme Jaffré analyse que "la question derrière le débat, c’est est-ce que ceux qui vont lutter contre la fin des régimes spéciaux vont être fers de lance de la bataille, ou est-ce que les Français - et c’est ce qu’espère le pouvoir - considèrent que c’est bien normal de transformer ces régimes" : ainsi, explique-t-il "l'un des arguments forts de la réforme joue sur un sentiment d'égalité : un euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous".

La part de Français favorable à la mobilisation est aussi grande que celle qui est favorable à la fin des régimes spéciaux. Martial Foucault, directeur du Cevipof, ne voit pas cela comme un paradoxe mais comme une suite logique, ajoutant que "62% des Français indiquent aussi ne pas être prêts à se mobiliser". 

"L'enjeu pour les syndicats, c'est d'essayer de rattraper le train manqué depuis un an"

Quel paysage politique de la contestation ?

Selon Jérôme Jaffré, "les sympathisants de gauche et du RN sont unis pour critiquer la réforme, et les sympathisants socialistes basculent vers la gauche de la gauche". En face_, "les sympathisants LREM et de la droite LR forment un bloc_. Les LR auraient préféré une simplicité - un recul de l’âge légal d’un ou deux ans - mais ils forment un bloc critique à l’égard de la mobilisation". 

Ainsi, par rapport à la contestation de 1995, l'arrivée du Rassemblement national dans le paysage de contestation s'explique par le fait, selon Martial Foucault, qu'à l'époque, "_le FN était très en faveur du libre échange, il avait des positions très différentes d’aujourd’hui_. Jean-Marie Le Pen n’était pas dans une posture propice à soutenir une mobilisation syndicale". Autre différence avec 1995 : "Cette fois, il n'y a pas encore de projet de loi sur la table". 

"On a par ailleurs deux points d'incertitude nouveaux", note Jérôme Jaffré : d'une part, la place de la violence. "_Nous héritons de décembre 2018 et des "gilets jaunes"_. Le mouvement restera-t-il structuré syndicalement, ou est-ce qu’il y aura une jonction avec des mécanismes de violence comme l’on voit depuis l’an dernier ?", demande-t-il. Et d'autre part, la politisation du mouvement : 

Aurons-nous des manifestations aux cris de "Macron Démission" ?

"La seule façon de considérer que ce sera plus anti-Macron que anti-réforme des retraites, c’est qu’il y a 18 mois Emmanuel Macron n’aurait pas subi la même impopularité de l’ensemble du corps social. La question n’est pas de pour ou contre la réfome, mais de pour ou contre qui la porte : on est dans une queue de comète des "gilets jaunes"", précise Martial Foucault. 

Les Français ont besoin de clarté, de visibilité et de garantie minimale. Ils ne l’ont pas.

Les dates clés de la mobilisation

Le "premier round" de la grève aura lieu du 4 au 8 décembre. Ainsi, le 9 sera probablement une date clé, souligne Françoise Fressoz du Monde : "C'est là que l'on saura si l'on va vers un vrai blocage, notamment à Paris, ou s’il y a une possibilité de discussion". "L'autre clé, ce sera le 24-25 décembre : les Français auront entendu le débat, ils en discuteront à Noël autour de la table", note Yaël Goosz. 

"Peut-être que l’on oublie des secteurs qui pourraient modifier ce calendrier : ce qu’il se passe dans les hôpitaux, avec une politisation en dehors des syndicats, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de contrôle de la mobilisation. Il y a aussi les universités", rappelle Martial Foucault. "Pour passer ce mois de décembre, avec un certain cynisme on peut se dire que les violences et la politisation peuvent servir le pouvoir", note Jérôme Jaffré, qui rappelle qu'aujourd'hui contrairement à 1995, "le pouvoir n'est pas divisé, et Edouard Philippe revient en première ligne, ce qui permet à Macron de se replacer en position d’arbitre".

Les invités
  • Jérôme Jaffrédirecteur du Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP)
  • Martial FoucaultProfesseur des Universités de Sciences Po et directeur du CEVIPOF
Programmation musicale
  • IAMOmotesando (radio edit)2019
L'équipe
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