Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, sera l'invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions).

Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères,
Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, © AFP / LUDOVIC MARIN / AFP

La Syrie, une bombe à retardement

La situation est alarmante à Idlib. Bachar a gagné la guerre  mais il n’ a pas gagné la paix

Bachar souhaite la reconquête de ses territoires. A Idlib, se trouvent les terroristes qui ont été chassés au fil de l'avancée de ses troupes.  Idblib est donc un creuset explosif selon le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

Il y a un risque d’utilisation de l’arme chimique, ce n’est pas avéré mais c’est une tentation.

Selon l'Onu, 10.000 djihadistes se trouveraient dans ce dernier bastion rebelle de quelque trois millions de personnes. Jean-Yves Le Drian a fait état de la présence de 700.000 à 800.000 réfugiés.  "S'il y a bataille d'Idlib, Alep, en termes de souffrances, de catastrophe, ce n'était rien par rapport à ce qui risque de se passer", a-t-il insisté, en référence à l'offensive meurtrière des forces gouvernementales syriennes, appuyées notamment par l'armée russe, en 2016 contre la deuxième ville de Syrie.

La France travaille avec le groupe d’Astana pour éviter le carnage, car, dit le ministre, "il faut une solution politique". 

Jean-Yves le Drian parle de réformer la constitution et de préparer les élections en Syrie. 

Selon Paris, la Russie a intérêt à une solution politique, car elle ne veut pas être empêtrée dans un bourbier, comme en Afghanistan.

Pour Jean-Yves le Drian, "il faut éviter le drame humanitaire, qui de toutes façons entachera la réputation de la Russie, et la Turquie". 

Avec la Russie et la Turquie nous cherchons une sortie

Trump n’est pas sorti du jeu. Les Américains sont présents dans le nord-est de la Syrie. 

France fait partie du jeu et de la solution

Interrogé sur les possibles conséquences en France et une recrudescence des risques d'attentats en Europe, Jean-Yves Le Drian répond : "Peut-être pas en Europe. Il y a dans les groupes terroristes aussi, et la Russie le sait, beaucoup d'acteurs qui viennent d'Asie centrale".

Multilatéralisme ou bilatéralisme

Pour le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, il y a  une remise en cause par les Etats-Unis du multilatéralisme, méthodique et systématique. 

Le multilatéralisme, il faut y croire

Pour Jean-Yves le Drian, "si l’alternative initiée par Trump se mettait en oeuvre, nous n'aurions que l’addition de bilatéralismes et de rapports de force". 

Trump est parfois tonitruant mais pas imprévisible, explique le ministre. 

Trump s’est publiquement interrogé sur le rôle de sécurité des USA au sein des pays de l’Otan. 

Cela nous interroge sur notre propre sécurité

Pour le ministre de l'Europe, "la France doit être à l’initiative de notre propre multilatéralisme, avec des pays qui voudront construire avec nous une alternative".

Iran : maintenir l'accord sur le nucléaire

Quid de la voix de la France en Iran ? 

"Nous travaillons avec Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie ; car nous sommes co signataires de l’accord de Vienne". 

Cet accord empêche au présent l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire ; "si l’Iran se dote de l’arme atomique, on aurait des risques majeurs de conflits " explique Jean-Yves le Drian, "mais l’Iran souhaite avoir les effets bénéfiques de l’accord, c’est-à-dire sa capacité à commercer, et les sanctions américaines extraterritoriales vont toucher les sociétés non américaines ; ces mesures ne sont pas légales mais elles s’imposent. Donc il faut trouver une système qui permette à l’Iran de tenir, avec un mécanisme financier, c’est pas facile à trouver". 

Sous la pression américaine, en fait, "les Iraniens se resserrent et ce sont les plus durs qui risquent de prendre le pouvoir et rompre l’accord de Vienne. Et alors l’échec sera au rendez-vous". 

La discussion est difficile avec l’Iran mais nous sommes acteur du maintien de l’accord de Vienne

"l'Europe n'a jamais été aussi forte"

L'extrême-droite gagne du terrain partout en Europe.  Elle est en bonne position aux législatives en Suède, les manifestations se multiplient en Allemagne à Chemnitz notamment, et enfin Orban et Salvini ont réhabilité un axe Italie-Autriche de triste mémoire. 

Mais pour Jean-Yves le Drian, il y a un "double paradoxe, si on regarde depuis un an, l’Europe n’a jamais été aussi forte".

Par ailleurs je pense que l’Europe est plus forte qu'elle ne le croit elle-même

Jean-Yves Le Drian l'idée de pays européens respectant la démocratie et l'état de droit. 

"La France considère que l'UE est une union de valeur, quand on remet en cause démocratie et état de droit,  ça se traduit par des instructions qui peuvent aboutir à une baisse des engagements financiers, il y a  des procédures en cours en ce moment, comme en Pologne"

Nous travaillons à une refondation de l’Europe à plusieurs niveaux. Les fondateurs de l’Europe ont mis en avant la paix, la démocratie et la croissance, il faut ajouter aussi la puissance. 

"Nous n’avons pas fait assez preuve de solidarité avec les Italiens, il faut renouer la discussion avec eux, a précise le ministre", au sujet des positions de Salvini. 

À neuf mois des élections européennes, Le ministre estime que "jamais il n'y aura eu des élections européennes aussi fortes et aussi nécessaires dans la clarification, y compris dans la nécessité d'une Europe qui se protège, qui protège nos concitoyens européens, et qui respecte aussi à l'intérieur l'autonomie des nations pour s'allier sur les fondamentaux. Jamais ça n'aura été aussi essentiel".

Toujours à gauche et en même temps avec Macron ?  

Je suis toujours de gauche. 

"Quand je fais le point de ce quinquennat de Hollande, Hollande a été entravé. La situation économique était très mauvaise. La France depuis 2009 était jugulée par les dispositifs européens. Il n'avait pas assez de soutien à l'assemblée, à cause des frondeurs. Je suis heureux de ce que j'ai fait pendant son quinquennat. Mais le monde a changé, le tsunami Macron n'est pas une parenthèse, les fondamentaux ont changé. L'ordre ancien ne reviendra pas. Il y a un bloc central autour duquel se fera la politique. Quand Hollande s'est retiré, est apparu la ligne des frondeurs, et qui a abouti à l'écher. La seule issue possible c'était Macron. C'était une nécessité pour la France". 

L'impuissance politique de Macron n'est -elle pas en train d'apparaître ? 

La rentrée est difficile, c'est vrai. 

Macron tient ses engagements, il tient son cap de réforme. Je suis convaincu de la force de ce président. Je suis très frappé, que partout où je vais on dit la France revient. 

Le cas Hulot et sa démission : 

Je le regrette 

Plusieurs fois son départ avait été envisagé. on avait déjà travaillé ensemble. Nous avions une connivence d'action.

"Je suis certain qu'il est victime de son enthousiasme historique de militant écologiste fort. Il a été confronté à la réalité du court et du moyen terme". 

Philippe Besson, écrivain et consul général à Los Angeles : 

"Dans des postes de ce type, il est important d'avoir des représentants de la France large, il y a eu d'autres cas. Mr Rondeau était à la Valette, il y a eu Mr Rufin. Parfois des militaires ont été nommés ambassadeurs". 

"Je serais très prudent" sur la mise en place du prélèvement de l'impôt à la source". Jean-Yves le Drian rappelle qu'il a connu auparavant une situation similaire : "Comme ministre de la Défense, j'ai vécu un truc épouvantable. On m'avait dit  que le dispositif, le logiciel [Louvois, actif depuis 2011 et jusqu'en 2021] qui avait été inventé pour payer la solde des militaires était parfait. Cela a été une catastrophe. Pourquoi ? Parce qu'il n'avait pas été testé. Donc je comprends que le président de la République veuille qu'il y ait des tests".

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