Le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, fiscalité et douanes, est l'invité de "Questions Politiques" ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Virginie Malingre (Le Monde) et Nathalie Saint Cricq (France Télévisions).

Pas de "guerre commerciale" avec les États-Unis

Alors que l'Union européenne vient de saisir l'OMC sur l'augmentation par Donald Trump des droits de douane pour l'acier et l'aluminium européens, Pierre Moscovici refuse d'utiliser un vocabulaire guerrier sur la question. Oui, "les États-Unis se sont lancés dans une approche unilatérale et hostile", mais "on fait fausse route en s'engageant dans une réponse belliqueuse". "Nous avons saisi l'OMC, les Etats-Unis peuvent être condamnés à des mesures financières, des sanctions. Nous ne sommes pas du tout dans une attitude molle."

Contrairement à la Chine, qui semble plus ferme sur la question ? "Il y a des contacts constants entre la Chine et les États-Unis. Quand on a déclaré la guerre, on ne se parle plus, les liens sont rompus, ce n'est pas le cas." Le commissaire européenne reconnait toutefois qu'entre les États-Unis et l'Europe, "il y a une période extrêmement complexe. Il faut restaurer, réformer le multilatéralisme et ne pas céder au protectionnisme ou à l'unilatéralisme.  Ce sera très difficile avec cette administration américaine, tout le monde le sait. Il faut que le reste de la planète s'organise."

Quant aux relations entre France et États-Unis, Pierre Moscovici n'y voit aucune naïveté. "Dans sa relation avec Donald Trump, Emmanuel Macron est tout sauf naïf. Il souhaite avoir une relation marquée par un caractère amical, tout en disant les choses de manière franche, il essaye de faire en sorte de le convaincre. Ce n'est pas être naïf ! Il est tombé sur un personnage extrêmement particulier et déterminé."

Pour lui, l'étape, suivante, c'est le sommet du G8 : "Il doit marquer le refus de la communauté internationale face à Donald Trump. L'unité des Européens, c'est l'élément essentiel."

L'Italie en observation

Le pays vient de désigner un gouvernement populiste et eurosceptique... Mais Pierre Moscovici ne veut pas que l'Europe "surveille et punisse". "Ce n'est pas depuis Bruxelles qu'on va faire la politique à Rome", assure-t-il. "Les Italiens ont voté, et ce gouvernement est issu de leur vote. Nous allons avoir un dialogue ferme sur la base des règles communes. Les marchés sont plus calmes depuis l'arrivée de ce gouvernement : ce que n'aiment pas les marchés, c'est l'incertitude."

Toutefois, il estime qu'il faudra essayer de convaincre du côté de l'Union européenne : "Le gouvernement italien va appliquer son programme, c'est la légitimité démocratique. Mais nous devons trouver ensemble un chemin. Je n'ai jamais puni personne, mais j'essaie d'amener chacun à la raison."

Pierre Moscovici s'inquiète également d'une contagion de l'extrême-droite populiste partout en Europe. "Nous vivons une période tragique de l'Histoire de l'Union européenne", rappelle-t-il. "Vous avez des populismes à l'est, vous en avez en Italie, en Pologne, en Autriche... La France n'est pas épargnée, puisque Marine Le Pen a fait 35 % au second tour." Tout en distinguant bien cette montée de l'extrême-droite d'autres mouvements eurosceptiques de gauche en Europe.

La solution selon lui, c'est de "montrer que l'Europe, ça marque" : "Soyons dans l'Europe de la preuve, il faut que les pro-européens contre-attaquent. Il y a une chose à laquelle je suis d'ores et déjà candidat : je suis candidat au débat. Je ne la fermerai pas pendant cette campagne, je serai là avec mes idées et avec force."

La France va-t-elle mieux ?

Pierre Moscovici pense que oui, et estime que c'est un héritage partagé de François Hollande et Emmanuel Macron. "Pourquoi les distinguerais-je, puisque c'est un bilan partagé ? Le regard sur la France a changé, on parle plus de l'Europe en France et plus de la France en Europe. Je souhaite que la France continue d'aller bien."

Pour lui, il faut désormais des réformes en France comme dans tous les pays membres, tout en refusant de parler d'impératifs européens : "Nous avons une communauté de finalités, mais il y a une liberté de manières. Par exemple, la réforme de la SNCF, ce n'est pas une demande de Bruxelles. Il faut des réformes, après c'est à chaque pays de décider lesquelles." Citant tout de même comme référence personnelle "le modèle danois de flexisécurité. Il faut de la flexibilité, mais il faut aussi la sécurité pour les agents économiques."

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