Le ministre de l'Éducation nationale est l'invité d'Ali Baddou dans Questions Politiques, suivi du député européen EELV Yannick Jadot.

Jean-Michel Blanquer le 14 mars 2020
Jean-Michel Blanquer le 14 mars 2020 © AFP / Thomas SAMSON

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation Nationale

Quand les enfants pourront-ils retourner à l'école ? C'est la question que se posent de nombreux parents coincés à domicile avec leur progéniture. "Chacun sait qu'il n'y a pas de réponse simple, puisqu'on dépend de l'évolution de l'épidémie et des stratégies de déconfinement", rappelle Jean-Michel Blanquer. "On sait que ce sera au plus tôt au début du mois de mai, mais ça dépend de l'analyse qui sera faite de la situation de santé. Aujourd'hui, on peut imaginer davantage le courant du mois de mai que le début du mois de mai. Ce ne sont que des hypothèses : on doit se préparer à revenir en mai."

Le ministre a décidé la semaine passée de transformer le bac 2020, désormais basé sur le contrôle continu. "J'ai ressenti le besoin de ne pas léser les élèves, arriver à ce qu'ils puissent, en 2020, ne pas perdre une année. Cette formule est une formule de consensus."

Pour Jean-Michel Blanquer, cette crise doit aussi permettre de s'interroger sur l'enseignement à distance. "Je monterai des états généraux du numérique éducatif à la rentrée, pour  faire le point sur les enseignements positifs qu'on veut tirer de ce qui  s'est passé."

Parmi les pistes de réflexion nécessaires, la question de la fracture numérique : "On doit l'éviter dans notre société, et c'est encore plus vrai pour les enfants." Il rappelle qu'actuellement, "on a 5 à 8 %" d'élèves pour qui le contact a été perdu avec leurs professeurs. Même si selon le ministre, qui cite l'OCDE, "le Japon et la France sont les pays qui ont le mieux réussi l'enseignement à distance". Il annonce également que "pendant les vacances d'été, on va monter des modules de soutien  scolaire gratuits pour ceux qui en ont besoin. Il y aura du rattrapage  et de la personnalisation post-crise."

Yannick Jadot, député européen

Pour le député européen EELV, "s'il y a une leçon à tirer de cette crise, c'est que le monde ne nous a pas assez préparés à cette catastrophe" et il faudra en tirer les conséquences par la suite. "On ne peut pas sauver l'économie d'un côté, et ne pas aussi organiser la survie sanitaire, écologique, sociale de l'humanité."

Yannick Jadot s'inquiète d'un retour "au monde d'avant" après l'épidémie. Il cite par exemple "la Commission européenne, qui veut continuer à négocier la réforme de la  politique agricole commune et à faire des accords de libre échange comme s'il ne s'était rien passé" et estime qu'il faudra se remettre autour de la table pour envisager des changements de politique générale.

"Il faut investir à la fois pour sauver les entreprises et l'emploi, mais aussi ne pas recommencer les mêmes erreurs qui nous ont conduits, avant le Covid, à une société en burn-out sanitaire, écologique et  social", poursuit le député européen. "En 2008, après la crise, le gouvernement et Nicolas Sarkozy ont mis 5  milliards dans l'industrie automobile, pour l'aider à sortir de la  crise, sans aucune condition ni sociale ni écologique. L'enjeu n'est pas de laisser tomber des secteurs économiques, mais de  mettre les acteurs autour de la table pour dire : si on donne autant de  milliards, qu'est-ce qu'on veut pour la société ?"

Pour lui, l'épidémie nous oblige aussi à réévaluer les gens dont on a réellement besoin pour faire fonctionner la société. "Il y a une nouvelle hiérarchie de l'utilité sociale des métiers qui est apparue dans cette crise : on a moins besoin d'un trader de marchés  financiers que d'une infirmière, d'une caissière ou d'un éboueur. Il va falloir que ces métiers, souvent précarisés et maltraités, fassent l'objet d'une négociation entre les partenaires sociaux, pour qu'il y ait des hausses de salaires très significatives et des droits beaucoup  plus protecteurs."

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