Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, est l’invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Il évoque un "frémissement" des courbes qui laisse penser que les mesures mises en place commencent à porter leurs fruits. Il donne rendez-vous dans quelques jours pour un premier bilan du confinement.

"Il est trop tôt pour juger de l'effet du confinement"

"Un "frémissement". Le ministre de la Santé estime que les mesures de couvre-feu mises en place il y a plusieurs semaines commencent peut-être à porter leurs fruits. Il constate un "ralentissement de la progression de l'épidémie". L'augmentation est de 20% du nombre de cas la semaine dernière, "c'est un peu mieux qu'avant". Il donne rendez-vous en fin de semaine pour un premier bilan du deuxième confinement. "D'ici la fin de la semaine, nous aurons des données consolidées", qui permettront d'évaluer la situation, mais "de toute façon il y aura une augmentation des hospitalisations et des réanimations dans les prochains jours puisque c'est le reflet de la situation épidémique d'avant le confinement", a-t-il ajouté.  

Conformément au calendrier annoncé par l'exécutif, qui avait promis une "revoyure" à la mi-novembre, le ministre de la Santé a donné rendez-vous d'ici la fin de la semaine prochaine ou le début de la suivante, pour "faire le bilan du confinement" et que le gouvernement puisse au besoin annoncer "des mesures complémentaires".

"Aucun malade refusé à l'hôpital"

"Les mesures que nous avions mis en place avant le reconfinement n'étaient pas suffisantes, explique Olivier Véran. "Nous préparons l'hôpital de manière à accepter tous les malades, mais ça nécessite de la déprogrammation de soins".

D'ici la fin de cette semaine, dans quelques jours, il y aura un premier "bilan" et "une nouvelle communication" pour mesurer l'efficacité du confinement. 

"La lassitude est là, il faut donner des signaux aux Français", constate le ministre mais ces signaux doivent être "étayés par les données de la science". "Toute l'Europe est touchée", rappelle M. Véran. 

Un "débat démocratique" sur les mesures d'isolement

"Beaucoup de parlementaire nous donnent des exemples de pays où des mesures très contraignantes sont mises en place", explique le ministre. "Sommes-nous prêts à accepter des mesures de contrôle ?", demande-t-il en précisant que "des personnes se sachant malades mais sans symptômes sont retournées travailler". 

Lorsque le pic épidémique de la deuxième vague sera passé, il faudra un "débat démocratique" sur le respect des mesures d'isolement et  l'instauration de "mesures de contrôle" des personnes testées positives au Covid-19, afin qu'elles soient "mises à l'abri" pour ne pas propager le virus a expliqué le ministre de la Santé.

"Est-ce que nous sommes en mesure, aujourd'hui, d'accepter démocratiquement des mesures de contrôle des personnes qui seraient mises à l'abri, pour éviter qu'une personne potentiellement contagieuse ne sorte ?", s'est interrogé Olivier Véran. Cela "n'a jamais été fait dans l'histoire de notre pays, y compris pour des maladies très infectieuses comme la tuberculose", a-t-il rappelé, soulignant que ce sujet "met en tension notre rapport aux libertés fondamentales et l'histoire sociologique de notre pays".

14 000 procès-verbaux ont été déjà été dressés le premier week-end du deuxième confinement, rappelle Olivier Véran.

Il y a des règles locales ou nationales quand le virus a trop circulé. À Marseille par exemple, le virus circulait chez les jeunes en soirée. Ça avait du sens de fermer les bars en soirée. Quand le virus circule partout on prend des mesures générales." 

Le scénario d'un confinement des personnes âgées "écarté".

"Les personnes vulnérables face au virus, c'est 17 millions de Français", a souligné le ministre de la Santé, "une proportion non négligeable de la population". Il a rappelé que "30% des patients qui sont en réanimation ont moins de 60 ans. L'âge moyen d'un patient en réanimation, c'est 62 ans. Donc moi, je ne suis pas capable de vous dire ce qu'on va entendre par personne âgée qui doit rester chez elle. Est-ce qu'on englobe tous les gens à partir de 60 ou de 70 ans ?", s'interroge-t-il, insistant sur le fait que les personnes jeunes sont aussi victimes du virus avec "des formes d'atteinte de coronavirus qui ne les conduisent pas en réanimation, mais qui leur faire perdre le goût et l'odorat, qui peut leur donner des lésions pulmonaires, des troubles respiratoires sévères et donc ça n'est pas négligeable."

A-t-on envisagé des mesures particulières pour les séniors ? On a tout envisagé mais le Président l'a écarté, explique le ministre de la Santé. "On est humble face à cette épidémie, face à ce virus. Les vérités d'aujourd'hui ne sont peut-être pas celles de demain et que nous l'avons vu à plusieurs reprises depuis le mois de mars. Ce n'est pas notre projet. Nous ne voulons pas confiner des personnes âgées vulnérables aujourd'hui", a-t-il déclaré.  

Mais le ministre de la Santé ne l'écarte pas complètement : "Je suis extrêmement prudent. Vous dire que dans deux mois ou dans trois mois, on n'aura pas des données qui permettront de cibler les choses et de présenter cela aux Français, mais aujourd'hui, ce n'est clairement pas le scénario que nous envisageons", a-t-il dit.
 

La stratégie qui fonctionne c'est le confinement généralisé

Face à ce risque viral, à cette inconnue, "on apprend des différents pays" explique le ministre. "La stratégie qui fonctionne c'est le confinement généralisé", insiste-t-il. Aujourd'hui ce n'est pas le scénario envisagé. Ce n'est pas notre projet, nous ne voulons pas confiner les personnes âgées vulnérables. Ce n'est pas le scénario que nous privilégions aujourd'hui." 

"Nous faisons le choix de garder les écoles ouvertes. les fermer n'aurait pas un effet bœuf, mais il l'aurait par contre sur l'éducation et le bien être".

N'a-t-on pas trop fait de tests, et pas assez de test utiles ?

"C'est le choix que nous avions effectué pendant la première vague et on nous l'a reproché, rappelle Olivier Véran, Là on a lancé énormément de test en milieu asymptomatique. Si on ne l'avait pas fait on n'aurait pas découvert les cas de Mayenne et la 2e vague aurait démarré plus tôt"

À propos des tests antigéniques, le ministre déclare: "Ils vont nous permettre de renforcer nos capacité, ils ont presque le même niveau de sensibilité chez les personnes symptomatiques. On va pouvoir tester aussi sur grande échelle pour trouver les personnes qui auraient pu passer entre les gouttes."

Et Noël ?

Il est trop tôt pour dire si le confinement sera levé à Noël, a indiqué Olivier Véran. "Je le souhaite ardemment mais nous verrons, je ne fais pas de pronostic". "On a envie de faire Noël en famille", déclare Olivier Véran,. On a envie de pouvoir le préparer dans la joie, mais on sait au fond de nous que vu la circulation du virus, on sait qu'à Noël, on fera attention aux gens qui sont autour de nous", à ne pas contaminer parents et grands-parents" a-t-il expliqué.

Questionné sur la possibilité ou pas de se déplacer au delà des 100km et d'organiser des fêtes de familles, le ministre a répondu "Je le souhaite ardemment, je ne fais pas de pronostics. Vous ne me verrez jamais faire des pronostics. Ça ne veut pas dire que je suis défaitiste, cela veut dire je suis prudent. Mais en tout cas, quoi qu'il en soit, on sait qu'on aura l'application des gestes barrières pour Noël et qu'ainsi, Noël sera un peu spécial de ce point de vue-là". 

"Aujourd'hui la priorité c'est de savoir comment on sauve des vies."

Olivier Véran promet d'informer les Français en temps et en heure : "Ils auront nécessairement de la lisibilité. On est aujourd'hui début novembre. Aujourd'hui, l'heure est à la vague épidémique dans nos hôpitaux. Chaque chose en son temps."

A-t-on les moyens d'accueillir les malades ?

"Comment on ouvre des lits supplémentaire sans pouvoir former des médecins ? Ce n'est pas possible, explique le ministre de la Santé. Mais cette fois-ci il y a moins de malades intubés et mis en coma. Nous développons les lits de réa et de soins intensifs et nous déprogrammons des soins. On doit demander à des patients qui le peuvent de patienter, mais nous maintenons la chirurgie urgente, les greffes et la chirurgie cancérologique." 

"On a formé 8 000 soignants aux techniques de réa et des infirmières. On mobilise la réserve sanitaire, les étudiants en santé et les internes, on mobilise toutes les ressources que nous avons détaille Olivier Véran. Mais nous ne pouvons pas former 10 000 réanimateurs en quelques mois."

"Le privé est évidemment mobilisé, leurs réa sont pleines de malades Covid et nous faisons des évacuations sanitaires."

Les relations avec les parlementaires

"Des maires ont dit à leurs commerçants de rester ouverts et les commerçants ont fermé par responsabilité. Les Français montrent leur responsabilité aux hommes politiques" affirme le ministre. 

"J'ai passé 300 heures dans l'hémicycle pour discuter avec les parlementaires. Quand Jean-Christophe Lagarde dit qu'il aurait fait un confinement brutal s'il avait été aux commandes, mais qu'il veut que les petits commerçants ouvrent, que penser… ?

J'ai assisté à toutes les réunions avec les chefs de partis : au printemps l'esprit de responsabilité primait" regrette Olivier Véran semblant dire que c'est moins le cas lors de ce reconfinement.

Le précarité augmentée encore par le confinement et le Covid 

"Il y a chaque jour 3 000 inscrits de plus au RSA. La distribution alimentaire c'est plus 20%, avec des étudiants pauvres qui n'ont plus de jobs ou les familles reconnait Olivier Véran.

"Je veux m'adresser aux personnes en précarité : nous sommes conscients de votre situation et nous voulons vous aider." 

"Il y a eu 100 millions d'euros d'aide exceptionnelle pour les associations d'aide alimentaire et 3 milliards d'aides diverses mais cette période est particulièrement douloureuse pour les personnes en précarité."

"Je viens de la gauche et je suis de gauche, dit celui qui était membre du PS. "Le premier moyen de sortir de la pauvreté c'est trouver un emploi donc les mesures mises en places sont une solution curative. Voulons-nous gommer les inégalités de départ ou donner des chèques à ceux à qui on n'a pas donné de travail ?"

Présidentielle française

Questionné sur la possible candidature de personnalités de gauche à la prochaine présidentielle, Olivier Véran se demande "Mélenchon est-il de gauche ? Montebourg n'a jamais été ma crèmerie à gauche." "Je soutiens le président de la République, rappelle le Ministre, le Covid ne sera pas le seul enjeu électoral. ""Santé, sécurité et économie, tout est important. On ne peut pas se permettre de laisser un sujet. Il y a 30 milliards dans le plan de relance pour l'écologie. Qui l'avait fait avant ? rappelle-t-il"

Une loi va interdire de filmer le policiers

"Je connaissais personnellement une policière qui me disait qu'elle avait peur de renter chez elle, affirme Olivier Véran. "Nous voulons protéger les gens qui nous protègent de manière proportionnelle. Ce projet de loi ne me met pas mal à l'aise. "

  • Légende du visuel principal: Olivier Véran dans le studio de la matinale de France Inter le 8 septembre 2020 © Radio France /
Les invités
  • Olivier VeranHomme politique, ministre de la Santé, ex-député LREM de l’Isère, neurologue au CHU de Grenoble
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