La nouvelle ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique est l'invitée d'Ali Baddou.

Ségolène Royal en janvier 2017
Ségolène Royal en janvier 2017 © Reuters / Charles Platiau

"Nicolas Hulot est un très bon ministre"

Ancienne ministre de l'Écologie elle-même, Ségolène Royal a donc donné son avis sur le travail de son successeur Nicolas Hulot, parfois accusé de caution écologiste du gouvernement. "D'abord Nicolas Hulot est un très bon ministre", rappelle l'ambassadrice. "Sa vie a été consacrée à la défense de l'environnement, il est en phase avec sa mission, et c'est quelqu'un qui a des convictions, je l'ai vu."

Toutefois, elle reconnait aussi que les décisions "ne dépendent pas que de lui" et qu'il a parfois les mains liées. Comme sur la question des nouvelles autorisations de recherche d'hydrocarbures en Guyane signées par le ministre : "Je le regrette. J'ai toujours refusé de signer ce permis comme j'ai refusé tous les permis de recherche d'hydrocarbures après l'accord de Paris."

"Il ne faut pas que la France vote l'utilisation du glyphosate"

C'est l'une des grandes questions écologiques et de santé du moment : la possibilité pour le glyphosate, produit toxique selon la communauté scientifique, de prolonger son autorisation sur le territoire européen. Ségolène Royal est vent debout contre cette possibilité, et estime que la France soit s'y opposer : , "On avait réussi avec la Suède et l'Autriche à bloquer une décision de la Commission européenne qui voulait renouveler pour 17 ans l'autorisation du glyphosate, un produit extrêmement toxique fabriqué par Monsanto, classé cancérigène par l'OMS."

En tant que ministre, elle avait d'ailleurs décidé la fin de l'utilisation de ce désherbant par les collectivités locales, qui se sont tournées vers des solutions alternatives. "On a montré qu'il y avait des alternatives possibles. Il faut que les particuliers arrêtent d'acheter du Roundup", explique l'ancienne ministre qui appelle à boycotter ce produit.

"On ne peut plus faire de cadeau fiscal sans contrepartie"

Évoquant les différentes mesures annoncées par le gouvernement d'Edouard Philippe en faveur des catégories sociales les plus riches (comme la fin de l'ISF), Ségolène Royal s'interroge sur leur utilité. "Avant de mettre une étiquette gauche/droite, il faut se demander ce qui est recherché. Or il n'y a aucune preuve jusqu'ici d'un retour des exilés fiscaux".

Elle propose, à l'inverse, "s'il doit y avoir des allègements fiscaux sur la fortune, les mouvements financiers et les revenus du capital", qu'ils soient "exclusivement réservés aux investissements verts, à la finance verte. Ça, ce serait intelligent. Nous aurions un effet levier majeur pour réaliser ce qui est prévu dans l'accord de Paris."

"Je ne me sens pas légitime pour critiquer la forme d'expression de tel ou tel responsable politique"

Côté débat politique, que penser de la manière souvent tranchée de Jean-Luc Mélenchon de mener l'opposition ? "Je pense que s'il fait cela, c'est parfaitement calculé : la preuve, ça le fait exister politiquement. Mais il appartient à ceux qui luttent contre cette forme d'expression un peu populiste de s'exprimer autrement, de se faire entendre autrement."

Que pense-t-elle du même langage assez direct quand il s'agit d'Emmanuel Macron et, par exemple, de sa phrase malheureuse sur ceux "qui foutent le bordel" ? "C'est un tout autre sujet. J'ai vu que les Français étaient un peu choqués. Or on a tous été confrontés à ce type de situation, la visite bien cadrée où le message principal devient inaudible." Pour l'ancienne ministre, ce n'est toutefois pas une question secondaire : "comme Emmanuel Macron a théorisé la complexité de sa pensée, à ce moment-là ça ne passe pas. Et ça ne passe pas car il y a eu une succession de mots qui ont surpris. Le langage des dirigeants est un élément clé du débat politique."

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