Manon Aubry, tête de liste LFI pour les élections européennes, et François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes, sont les invités de "Questions Politiques" ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard, Virginie Malingre et Nathalie Saint-Cricq.

Manon Aubry (La France Insoumise)

Pour Manon Aubry, tête de liste de La France Insoumise pour les Européennes, "on a appris dans les livres d’Histoire une Europe de la coopération, de la paix. En réalité c’est devenu une Europe de la compétition. Ma vision d’Europe s’inscrit en rupture avec ce que l’Europe est devenue et re-propose une émancipation". 

"Je crois que l’Europe de nos rêves est morte, telle qu’on l’aurait voulue".

"Nous assumons d'être critiques vis-à-vis de l'Union européenne. Mais nous disons qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain", explique la candidate, justifiant sa volonté de sortir des traités européens actuels. "On sort de l’ensemble de ces traités mais on en pose de nouveaux pour poser de nouvelles règles de fonctionnement, qui par exemple poseraient la règle verte", déclare-t-elle.

"On réécrit la manière dont fonctionne l'Union européenne. Chaque traité qui arrive modifie le précédent : on le ferait de cette façon aussi, en posant dix grands principes", dit-elle. Mais cela suppose-t-il que La France Insoumise ait le pouvoir en France ? "Soit nous proposons collectivement de nouvelles règles, soit si on n’y arrive pas, on fait la liste de ces dispositions qui ne nous vont pas, et va voir la Commission européenne et les autres Etats et on dit qu’on ne les appliquera parce qu’on aura eu un mandat populaire pour ne pas les respecter", explique Manon Aubry, 

Manon Aubry, qui explique "avoir mis trois mois de nuits blanches" à prendre sa décision, explique avoir sauté le pas de la vie politique à cause de "la frustration accumulée dans le secteur associatif", notamment en matière de lutte contre l'évasion fiscale et contre les paradis fiscaux. "On pense qu'en étant dans l'arène on peut dire que la liste européenne des paradis fiscaux est ridicule", explique-t-elle. 

Elle défend l'idée d'une Europe sociale : "Nous on propose la fin des pesticides, c’est voté par le Parlement européen. On propose de ne pas voter les accords de libre échange, c’est une compétence du Parlement européen. Idem pour la transparence des entreprises multinationales pour lutter contre l’évasion fiscale". Sur l'immigration, elle plaide pour "un mécanisme de coordination au niveau européen" :

Il faut un mécanisme de coordination au niveau européen. On ne peut pas laisser les états du sud de l’Europe gérer seuls l’accueil des réfugiés. (...) Nous gardons chacun nos règles, mais nous disons qu’il faut aider les pays du sud.

"Alors il faut se fixer des objectifs en commun et les discuter en commun. Il faudra sortir des accords de Dublin : aujourd’hui quand vous arrivez en Italie, vous pouvez faire votre demande en Italie seulement. Nous on propose que quand vous arrivez en Italie vous puissiez demander le droit d’asile en France", plaide la candidate.

Même si elle reconnait que l'Union européenne a mis en place un certain nombre de normes, elle déplore notamment la création du statut de travailleur détaché : "Ca veut dire que votre entreprise peut vous embaucher et payer des cotisations sociales dans un autre pays de l’UE", précise-t-elle. "Nous disons qu'il faut un certain nombre d’acquis sociaux protégés, et qu’il faut aller plus loin. La seule protection au niveau européen en termes de temps de travail, c’est la semaine de 48h. On voit aujourd’hui que l’UE est en train de faire son retour en arrière". 

Face à Europe Ecologie Les Verts, elle explique ne pas être en faveur "d'une écologie punitive" : "Nous sommes du côté des classes populaires, nous ne voulons pas prendre l'argent dans la poche de ceux qui souffrent". Quant à sa propre campagne, elle estime être "sur une bonne dynamique", disant assumer "de parler avec calme mais avec conviction et détermination". 

Manon Aubry assume par ailleurs le fait que cette élection est "un référendum pour ou contre Emmanuel Macron" : "Il a dit lui même qu’il en sortirait affaibli s’il ne les remportait pas. Et puis, énormément de décisions qui sont menées à l’échelon français découlent de décisions européennes".

François-Xavier Bellamy (Les Républicains)

Invité dans un premier temps à réagir à la libération des otages français, François-Xavier Bellamy salue la mémoire des deux militaires tués dans l'opération : "Comme tous ceux qui s’engagent à leurs côtés, ils n’ont pas seulement sauvé deux personnes, ils sont sauvé toute notre société de l'individualisme qui la traverse trop souvent". 

Il prône l'idée que l'Europe repose sur ses racines communes : "Quand la France a joué un rôle important pour empêcher que soit inscrite la mention de nos racines européennes dans la Constitution, à ce moment là j’ai toujours pensé que nous avions fait une erreur. Dans beaucoup de nos quartiers, l’islamisme radical remplit le vide que nous avons laissé derrière nous en ne sachant pas dire qui nous sommes". 

"Quand on se dit que des états ont réussi à se réconcilier après s’être fait la guerre avec tant de violence ont réussi à construire cette paix, on se dit que cette paix il faut la protéger".

"La réconciliation s’est faite sur l’idée qu’il y avait un héritage commun à protéger. Les guerres de l’Europe ont été fratricides", explique-t-il. "Cette civilisation qui nous lie est infiniment vulnérable, mais ce lien qui nous relie est la condition de notre avenir. Nous ne sommes pas les auteurs de cette civilisation, nous n’avons pas à en tirer quelque orgueil que ce soit. Cette civilisation nous oblige les uns envers les autres". 

Quel projet européen Les Républicains défendent-ils pour les élections européennes ? "Nous avons été les premiers à entrer dans cette campagne avec un projet clair (...) On nous a dit que la culture qu’on transmet est excluante. Mais pas du tout. Une chose importante à faire avec les jeunes issus de l’immigration, c’est de leur dire à quelle culture ils peuvent participer". 

"L’UE a longtemps cédé à une forme de naïveté, et qu’elle a refusé d’assumer pleinement son rôle dans la mondialisation. La droite en partie, ce serait réducteur de tout attribuer à une seule famille politique. Bien des éléments de la crise que nous connaissons sont liés à cette naïveté européenne. C’est le moment de refonder l’Europe pour rétablir la place de nos pays dans la mondialisation". 

Sur la politique migratoire à adopter, François-Xavier Bellamy estime que "nous subissons une forme d'impuissance collective". 

"On est dans une situation où au lieu d’avoir une vraie stratégie, on subit une immigration qui n’est pas essentiellement composée de gens qui sont éligibles à l’asile". 

"On propose une stratégie de double frontière, pour défendre ensemble les frontières extérieures de l’Europe (...). Il faut faire en sorte que les demandes d’entrée en Europe soient faites à la frontière : il faut qu’on puisse n’entrer sur le territoire européen que si on en a l’autorisation. Ce qui fait que ces personnes se sont noyées, c’est notre impuissance : tant qu’on pourra espérer s’établir en Europe en y entrant de manière illégale, on continuera à alimenter le business des passeurs. Il faut casser cette équation pour que vous puissiez être certain que vous n’entrerez en Europe que de façon légale. Et alors, il n’y aura plus un mort en Méditerranée", explique-t-il. 

Le candidat LR défend un modèle européen qui est "une alliance entre des peuples qui partagent une civilisation commune mais qui ont chacun une culture". 

"L’Europe doit respecter ce modèle démocratique qui est profondément le sien, qui est celui de ne pas être un empire ni un éparpillement de petites nations qui se sont fait la guerre trop longtemps".

Enfin, s'il n'envisage pas le renvoi de Viktor Orban du PPE, parti européen de droite, il justifie cette décision par le besoin d'en finir avec la fracture "populistes contre progressistes". Il fait le même constat au niveau national : "On n’a pas d’ennemis dans un débat démocratique, on a des adversaires : ce qui me parait décisif c’est de casser ce faux débat entre populistes et progressistes. Ce débat ne touche que 20% des Français, si on écoute les sondeurs". 

  • Légende du visuel principal: Manon Aubry et François-Xavier Bellamy © AFP / Joël Saget
Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.