Aquilino Morelle et Jean-François Copé sont les invités de Questions politiques, en marge de la journée d'investiture d'Emmanuel Macron et du début d'un nouveau quinquennat.

Aquilino Morelle et Jean-François Copé
Aquilino Morelle et Jean-François Copé © AFP

Aquilino Morelle : "Le problème de François Hollande, c'était un excès d'intelligence et un manque de volonté"

En marge de cette journée d'investiture, l'ancien conseiller de François Hollande se souvient d'une autre investiture, en 2012. "C'est un jour de très grande solennité républicaine. C'est d'abord de l'émotion et de la fierté, vous allez accompagner l'homme pour lequel vous vous êtes battu jusqu'au bout." Et de rappeler qu'à l'époque, François Hollande avait raccompagné assez sèchement son prédécesseur Nicolas Sarkozy : "Dans un premier moment, après la violence de la campagne, il n'avait pas voulu évoquer son prédécesseur, je lui avais conseillé de le faire."

Quel président pourrait être son successeur Emmanuel Macron ? "Je pense avoir perçu les signes d'une manière d'Emmanuel Macron de vouloir exercer le pouvoir pleinement, et avec surplomb, ce qui a manqué à nos récents présidents. Il a bénéficié du contre-enseignement de François Hollande, il a vu ce qu'on pouvait ne pas faire quand on n'avait pas la volonté de tenir face aux évènements. Il a eu un contre-exemple sous les yeux pendant deux ans et demi. Le problème de François Hollande, c'était un excès d'intelligence et un manque de volonté."

Pour lui, "Emmanuel Macron a une forme de densité et de dureté, que je perçois dans ses premiers propos, ses premières manifestations d'autorité ou de pouvoir." Avec quel type de politique ? "Emmanuel a toujours dit qu'il n'était pas socialiste, c'était vrai mais il s'est toujours revendiqué comme un homme de gauche. Il est libéral c'est certain, et cas assez unique en France, il l'est complètement : économiquement, industriellement, culturellement, diplomatiquement..."

Ce renouveau que souhaite Emmanuel Macron aurait pu être porté par un autre homme politique, qui voulait être président, Manuel Valls. Pour Aquilino Morelle, ce dernier "s'est laissé prendre au piège des institutions et de la vie politique classique. Il n'a pas voulu opérer une rupture, aller de l'avant et se porter candidat : il est resté Premier ministre. Emmanuel Macron a réussi une chose : partir à froid [de Bercy] parce qu'il voulait être président, plus que les autres. Il a su prendre ses distances avec François Hollande quand il fallait le faire." Même si désormais il y a un travail d'ampleur : "comment passer d'un socle minoritaire dans le pays à une majorité stable, durable. Aujourd'hui, la situation est indécise. Pour y parvenir, il a besoin pas seulement de terminer le jeu de massacres à gauche, mais d'enfoncer un coin à droite."

Jean-François Copé : "Le pouvoir isole, il n'y a pas de raison qu'Emmanuel Macron échappe à cet isolement"

Celui qui fut président de l'UMP salue d'abord l'investiture d'Emmanuel Macron, assurant qu'il "rend hommage de manière générale à l'audace d'où qu'elle vienne". Et surtout dans le cas de l'ascension fulgurante de l'ancien ministre de l'Économie, qu'il attribue aussi à une part de chance : "Voilà quelqu'un devant lequel la Mer Rouge s'est ouverte ! Il semble que pour lui, tous les obstacles soient tombés avant même qu'il n'ait à les franchir. Sarkozy battu, Juppé battu, Hollande ne se représente pas... Résultat des courses : il se retrouve en finale devant Madame Le Pen et l'emporte."

S'agit-il du signe d'un besoin renouvellement inéluctable, quitte à "léser" la génération de Jean-François Copé, qui n'a elle pas eu la possibilité d'accéder aux plus hautes fonctions : "Attendons un peu avant de décréter que seuls les moins de 40 ans peuvent gouverner la France", explique-t-il. "Il y a aussi autour de Mr Macron des gens qui incarnent bien l'ancien système." Comme celui qu'on évoque au poste de Premier ministre, l'actuel membre des Républicains Édouard Philippe ?"Je ne sais pas si ce sera un bon Premier ministre, mais il n'y a pratiquement aucun doute sur le fait qu'il le sera", mais aussi que "Bruno Le Maire entrera au gouvernement", explique Jean-François Copé.

Pour lui il faut toute de même totalement recomposer la droite. "Je ne vais pas cesser de dire à tout le monde que nous sommes en responsabilité à droite : va-t-on laisser le paysage politique totalement vide entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?" Quitte à oublier les dirigeants précédents, dont Nicolas Sarkozy, qui "n'est plus chef de rien du tout, ne vous faites aucune illusion sur le sujet. Que ce soit Nicolas Sarkozy ou François Fillon, ils ont échoué, nous avons changé d'époque. Aujourd'hui notre seul enjeu, c'est un enjeu de reconstruction."

Enfin, l'ancien candidat à la primaire dit s'inquiéter de la manière dont Emmanuel Macron exercera son quinquennat. "Mon rôle de responsable politique est de dire qu'une grande démocratie a besoin de contrepoids. Le pouvoir isole, il n'y a pas de raison qu'Emmanuel Macron échappe à cet isolement. Et cela peut être un danger pour la République. J'ai observé quelques petits signaux d'alarme ces derniers jours : la manière dont il s'est comporté vis-à-vis de Valls, les menaces faites à un certain nombre de mes amis candidats aux législatives... Il y a eu une certaine forme d'arrogance qui m'a amené à m'interroger."

Tout en soutenant que le danger le plus important n'est pas là, mais toujours du côté du Front national. "Le débat entre Mme Le Pen et Mr Macron a montré le danger abyssal que représente le Front national. J'espère que mes amis politiques qui n'ont pas été fermes avec le FN ont eu quelques remords..."

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