Au lendemain des annonces d'Édouard Philippe restreignant l'ouverture des lieux publics et les déplacements pour lutter face au coronavirus, le directeur général de l'AP-HP Martin Hirsch est l'invité de Questions Politiques.

Après les annonces d'Édouard Philippe samedi soir, Martin Hirsch, invité de France Inter dans Questions Politiques, rappelle "qu'on voit les mêmes experts qui sont de temps en temps rassurants et parfois alertants. Il y a deux camps parfois au sein du même cerveau", mais estime que ce temps d'oscillation est fini : "Il n'y a pas un bout de cerveau d'expert qui ne pense pas que la situation est grave et nécessite les mesures les plus fortes". Pour lui, il n'est pas trop tard pour agir : "Le côté "c'est trop tard et du coup il n'y a plus besoin de faire d'efforts" peut être mortel. Il faut faire le maximum, maintenant, tous, beaucoup, et fort".

Le directeur général de l'AP-HP prévient que la courbe de l'épidémie peut être catastrophique si elle suit son mouvement naturel, si chacun continue à maintenir sa vie quotidienne habituelle : "Le moment où une large partie de la population sera contaminée arrivera vite et haut. Le sujet n'est pas de savoir s'il y aura 20 ou 30 millions de personnes qui seront porteuses du virus, c'est de savoir quand et si ce sera en même temps". 

A la question de la durée de la période de restrictions, Martin Hirsch affirme ne pas pouvoir donner affirmer de durée certaine, mais répond par l'affirmative lorsqu'on évoque deux à trois mois : "Je pense, mais attention, je ne peux pas dire avec certitude". Il affirme que pour une meilleure prise en charge, les malades les moins graves bénéficieront d'une application pour smartphones, nommée Covidom, constituée de questionnaires qui permettront aux personnels de santé de suivre la situation du patient avec l'ensemble des signaux d'alerte.

Martin Hirsch effectue un rappel nécessaire : "L'héroïsme, face au Covid, c'est de se protéger, de se confiner, et pas de vouloir faire preuve de bravoure. Dans la psychologie, y compris chez les soignants, il y a l'idée de se croire invincible. Avec ce virus, qu'à part quelques personnes qui ont des microscopes électroniques, personne n'a vu, on a un certain décalage : personne d'entre vous ne connaît quelqu'un qui a été en réanimation. Ça reste abstrait. Tant que c'est abstrait, on se dit qu'on peut être plus fort. Ca, c'est de la connerie. Le courage, c'est d'être capable d'être celui qui a fait attention. Montrer l'exemple, c'est donner l'impression d'être précautionneux". 

Il réfute toutefois l'idée que l'épidémie a pour le moment explosé. "On n'est pas dans un phénomène d'explosion. Aujourd'hui, j'ai plus de lits disponibles dans mes réanimations que de lits pris par des patients Covid". Pourtant il explique que "frapper un bon coup, par les mesures, c'est un bon terme, pour éviter que ce soit le virus qui frappe un grand coup (...) Tout le monde doit marteler le message de prendre cela au sérieux". Il affirme qu'il est du rôle des responsables politiques et publics "de hausser le ton quand on a soit l'impression de ne pas l'avoir dit soi-même assez fort, soit que les gens ne l'écoutent pas assez".

Il reconnait que l'hypothèse, évoquée par Jean-Michel Blanquer, de la moitié de la population française touchée, est évoquée par plusieurs spécialistes, mais assure qu'il "n'est pas trop tard pour casser la progression du virus", la difficulté étant que celui-ci est encore mal connu. "Il n'existait pas il y a trois mois. Son comportement est peu connu". 

Va-t-il falloir faire des choix parmi les personnes touchées à traiter ? "Quand les réanimateurs jugeront que la réanimation n'a comme effet que de prolonger que de 8 jours, 15 jours ou trois semaines, ils feront le rationnel - comme ils le font hors période de crise - de ne pas se lancer dans une réanimation dont la conclusion est déjà connue. Est-ce que cela se traduira par avoir défini des catégories pour lesquelles on sait que ça n'a pas de sens ? C'est tout ce travail qui est fait (...) mais là, le recul est très faible, les gens rentrent en réanimation pour une durée qu'on ne connait pas bien". 

  • Légende du visuel principal: Martin Hirsch sur le plateau de Questions Politiques © Radio France / Capture d'écran
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