Eric Woerth, président LR de la commission des finances à l'Assemblée, député de l’Oise, est l’invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine bécard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions).

Pour évoquer le reconfinement, Eric Woerth a utilisé l'idée d'un "vague-à-l'âme" qui toucherait la France. "Dans le premier confinement, qui était tragique, il y avait une sorte d'envie d'être ensemble, d'applaudir, de sortir sur les balcons, de faire des vidéos, de l'humour. On ne trouve pas cela, maintenant", dit-il, expliquant que "le deuxième confinement vient sur un corps social et économique affaibli", avec du chômage, des familles "qui se posent beaucoup de questions sur l'emploi", et "l'idée que la liberté a des limites, et surtout l'idée qu'on ne s'en sort pas". 

"Un pays sans projet, c'est dangereux : du découragement et de la désespérance ne naissent que de mauvais sentiments"

Sur l'adaptation après la première vague, s'il estime trop facile de dire "on aurait dû", Eric Woerth estime que comme la première vague, la seconde n'a pas été suffisamment anticipée. "Le déconfinement a été un relâchement, on s'est laissés aller, on a essayé de recommencer à vivre normalement (...). Il aurait fallu sans doute imposer quelques contraintes pour éviter cela", dit-il. Selon le député LR, il s'agira maintenant de "réussir le déconfinement". 

Pour le député de l'Oise, la principale erreur a été de laisser s'installer la discorde entre les libraires et la Fnac : "Les commerçants avaient accepté de fermer lors de la première vague, dans la deuxième ils ne comprennent pas. Dans ce genre de situation, il y a nécessairement des incohérences", estime-t-il, mais avec des différences : "Il y a des incohérences qui sont supportables, et il y en a d'autres qui ne le sont pas, parce qu'elles sont perçues non plus comme des incohérences mais comme des injustices".

Éric Woerth estime par ailleurs qu'il ne faudra pas, selon lui, imposer de règles particulières pour Noël : "Ce soit être un moment où l'on peut se réunir en famille", dit-il, arguant que par exemple la règle des six personnes à table serait absurde. Il se montre en revanche plus mesuré pour la question du 31 décembre, où "ce n'est pas pareil" selon lui, et où il estime qu'il faudra mettre en place des règles.

Président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Éric Woerth estime que les actualisations du projet de loi de finance en raison du plan de relance contiennent trop de dépenses qui ne sont pas directement liées à un soutien immédiat à l'économie. "Il y a des mesures de dépense qui n'ont rien à voir avec la crise (...). Lorsque vous équipez les policiers de caméras piéton, c'est très important mais le lien avec la crise est moyen, or tout cela c'est dans les missions de relance". Il dit même protester que ces mesures "soient de la relance, ce sont des crédits qui vont dans des crédits écologiques, ou de sécurité, etc. Si on rajoute des dépenses qui n'ont rien à voir avec un soutien immédiat, il n'y aura pas de rebond, s'il n'y a plus d'air dans le ballon". 

Combien la crise a-t-elle coûté à la France depuis le début ? En termes de perte de richesse, sur le pouvoir d'achat, cela représente "un peu plus de 300 milliards d'euros", selon le député. Sur le plan du budget, le "quoi qu'il en coûte" a coûté 86 milliards d'euros en 2020 selon lui. "Ca a l'air de pas grand chose, mais pour le pays c'est gigantesque, c'est le tiers d'un budget. En 2020, on aura emprunté 10% de notre richesse nationale". Alors que le président de la République a évoqué 460 milliards d'euros, Eric Woerth explique que cela correspondait surtout à des garanties, avec notamment les reports de charges. 

Après la rétractation de Ziad Takkiedine dans l'affaire de financement occulte de la campagne de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth réagit : "S'il y avait eu des euros d'argent libyen, je les aurais vus. Je n'ai rien vu, parce qu'il n'y avait rien à voir. Monsieur Takkiedine est un homme de virements et de revirements. On ne peut pas faire confiance à ses propos", explique le député LR. 

A un an et demi de la présidentielle, comment Éric Woerth perçoit-il la situation de la droite, et quel rôle pourrait y jouer Nicolas Sarkozy, dont l'ombre semble peser sur la préparation de la campagne ? "Le pays est dans un état inquiétant, et Nicolas Sarkozy comprend la France. Pas seulement les Français, il comprend le pays (...) Nicolas Sarkozy a son rôle à jouer, mais le veut-il ? Il dit partout que non. S'il ne veut pas, il pourra le faire indirectement, en aidant, en conseillant, en favorisant tel ou tel candidat", explique son ancien ministre. 

Éric Woerth se veut toutefois optimiste en citant "deux bonnes nouvelles" survenues cette semaine : d'une part, l'élection de Joe Biden, "parce que ça va ré-ouvrir l'Amérique et ça va éviter d'avoir une démocratie qui tourne au populisme flamboyant et au repli sur soi des États-Unis", et l'annonce d'un vaccin aux effets concluants, "parce que c'est l'espoir du bout du tunnel", dit-il, affirmant qu'il se fera vacciner quand cela sera possible. 

Le portrait d'Éric Woerth par Carine Bécard

  • Légende du visuel principal: Eric Woerth © AFP / Bertrand GUAY / AFP
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