Le Ministre de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports est l'invité exceptionnel de "Questions politiques" au surlendemain de l'assassinat d'un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine.

Jean-Michel Blanquer, ministre  de l'Éducation nationale, de la jeunesse et des sports , est l’invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Philippe Bernard (Le Monde) et Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions).

Jean-Michel Blanquer explique son ressenti au lendemain du drame : "La peine et la volonté d'agir. La peine parce que je pense à lui, tout simplement mais surtout la volonté d'agir. Ce qui est désiré par les terroristes, c'est de nous faire peur, de nous abattre, de nous plonger dans le désarroi. Et on a le droit d'être triste, d'éprouver individuellement de la peur, mais collectivement, nous ne devons pas éprouver de la peur, mais nous devons agir". 

"Je n'ai aucune peur, nous devons montrer que la démocratie est la plus forte. Si nous acceptons d'être dans la terreur, ils obtiennent en partie leur objectif. La démocratie et la République doivent l'emporter". 

Quels moyens pour lutter contre le séparatisme ?

"Cette volonté d'agir, elle est dans toutes les directions" explique le ministre : "On pourrait avoir le sentiment d'une réitération [depuis les attentats de Charlie] et qu'il ne s'est rien passé. Nous n'avons pas gagné mais pas perdu non plus. Nous agissons, sur les sujets de laicité et de lutte contre le radicalisme islamiste, il s'est passé beaucoup de choses depuis 3 ans. Le conseil des sages a donné des normes de référence à l'ensemble du système scolaire."

"Plus personne ne peut dire que les instructions dans l'éducation nationale serait de mettre les problèmes sous le tapis [mais] on n'a empêché un meurtre, on ne pouvait pas prévoir un meurtre. Nous ne sommes ni naÏfs ni inertes sur cette menace qui pèse sur l'école et la République en général".

Un référent envoyé dans l'établissement pour régler l'incident 

"Il y a d'abord le professeur qui fait cour sur la liberté d'expression et qui a bien raison de le faire, qui est totalement soutenu sur ce point. Ensuite il y a le fait qu'il dit 'si certains sont choqués, qu'ils ferment les yeux ou qu'ils sortent de la classe'. Ce point-là a pu susciter un malentendu parce qu'il a pu être vécu comme une discrimination. Le professeur a senti qu'il y avait ce malentendu. Comme deux parents d'élèves ont protesté, alors la principale, qui a été impeccable de bout en bout, a justement appelé les équipes "valeurs de la République". Ces équipes sont venues sur place, parlé avec le professeur, ensemble ils ont regardé le sujet. Le professeur a parlé avec les parents et l'incident était, pour ainsi dire, clos".

Soutien total de l'éducation nationale au professeur avant la tragédie

"Les personnes à l'origine de cet assassinat se sont greffées sur cette affaire. La jeune fille dont le père a ensuite créé tout ce scandale n'était pas dans le cours du prof en question. On  a des structures extérieures a l'école qui cherchent à créer de la violence. Le père [de cette jeune fille] a fait comme si elle avait été exclue à cause de cette affaire. Il est venue avec une des personnes aujourd'hui interpellées par la police, connue en tant que militant islamiste radical, cette personne a cherché à exploiter l'affaire. 

On a ensuite cette vidéo de ce père qui cherche à créer de la violence autour de cette histoire. Il chercher à cibler ce professeur, et utilise le verbe "sévir". C'est un retournement invraisemblable. Bien sur qu'il y a eut un soutien de Mr Paty (...)

La principale a accompagné le professeur au secrétariat, pour porter plainte pour diffamation. Même le week end dernier, l'inspecteur en charge de cela téléphonait au professeur pour le soutenir. 

"Personne ne pouvait penser que cela allait déboucher ensuite sur cette horreur. A postériori, on peut regretter telle ou telle chose, mais la volonté a été de le soutenir, le soutien a été effectif". 

"Pour ma part, je pense que l'anonymat sur Internet est un fléau", mais ça mérite d'être discuté. A l'occasion de la loi contre le séparatisme, ça doit rentrer dans le débat. 

Avant le drame , "nous avions repéré des faits, plusieurs chaque jour dans toute la France, nous n'avions pas noté d'intensité spécifique. c'est difficile de prévoir que cela peut partir vers un crime atroce comme celui-là."

Un enseignant a-t-il le droit de montrer ces caricatures de Mahomet à ses élèves?

Jean-Michel Blanquer affirme qu'il faut continuer à montrer des caricatures aux élèves, pas simplement celles de Mahomet. Sinon "les terroristes ont gagné". 

"On doit être uni pour dire que la liberté de conscience ne se négocie pas et elle commence à l'école"

"Ne négligeons pas le rôle des élèves. tout un discours doit être tenu au monde des enfants et des adolescents, sur le fait que la liberté est synonyme de laïcité". 

Les professeurs sont-ils suffisamment armés pour défendre la laïcité? 

"Ce sujet de la laïcité, il est au coeur de l'école", affirme Jean-Michel Blanquer, "c'est pas un sujet marginal. Nos professeurs sont les hussards noirs du 21e siècle" .

Les professeurs se sentent seuls

Jean-Michel Blanquer le concède mais estime aussi qu'"on peut dire ça aussi d'autres catégories de citoyens" qui sentent "la pression de l'islamiste militant" : "Dans certains quartiers, c'est vrai que ce qui nuit à la démocratie, c'est le fait que vous sentiez que vous n'avez pas le droit d'être vous-même parce que certains veulent vous imposer leur religion. Et les premières victimes de ça, on le sait bien, ce sont les musulmans républicains, ou plutôt des républicains de confession musulmane". Le ministre rappelle aussi qu'une adresse mail et un numéro vert dédiés ont été mis en place pour les professeurs qui se sentent isolés sur ce sujet : le 0 805 500 005

"L'objectif : qu'il n'y ait pas d'angle mort de la République"

"Je vais travailler avec eux (les professeurs), l'objectif est clair, c'est qu'il n'y ait pas d'angle mort de la République. Bien sûr qu'il y a des fgroupes qui ont pu conquérir des lieux et ce n'est pas acceptable, nous allons tout faire pour que cela change, nous sommes les plus forts, les Républicains, les démocrates, et de très loin, nous sommes beaucoup plus nombreux".

  • Légende du visuel principal: Jean-Michel Blanquer s'adresse aux médias à Paris le 17 octobre 2020, un jour après qu'un enseignant a été décapité par un agresseur abattu par des policiers à Conflans-Sainte-Honorine © AFP / Abdulmonam Eassa
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