Brice Teinturier, politologue et directeur général délégué d'Ipsos France, et Olivier Duhamel, politologue, sont invités de "Questions Politiques" ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Jeff Wittenberg (France Télévisions).

Brice Teinturier, politologue et directeur général délégué d'Ipsos France, et Olivier Duhamel,  politologue, ont livré dans "Questions Politiques" leurs analyses sur le paysage politique en France actuellement. Un paysage bousculé par la crise du coronavirus, et par les défiance des Français vis-à-vis de leurs institutions.

Sur l'état de la République, d'abord. Brice Teinturier estime que cette dernière va "très mal", un état alimenté par la méfiance des Français à son encontre. "Notre République va très mal, incontestablement. Depuis des années, nous savons que les Français, massivement, considèrent qu’ils sont mal représentés". Et la crise du coronavirus n'a rien arrangé, souligne-t-il, en identifiant des peurs multiples, qui ont évolué : 

Dans ses discours pendant la crise, Emmanuel Macron "n'a pas trouvé le bon logiciel"

Qu'en est-il des discours présidentiels durant la crise, quel rôle ont-ils joué et ont-ils été à la hauteur ? Pas vraiment, juge Olivier Duhamel : "Emmanuel Macron n’a pas trouvé le bon logiciel. Il passait d’un truc à un autre, de discours quasi prophétiques à des discours miniatures, qui paraissaient parfois pour une part au moins artificiels." L'inverse, selon lui, des discours de son Premier ministre, Édouard Philippe.

"Un président 'sans mandat', par rapport au mandat sur lequel il a été élu"

D'autant plus que, selon Brice Teinturier, Emmanuel Macron fait face à une autre difficulté : "C’est un président sans mandat par rapport au mandat sur lequel il a été élu. Je ne parle pas de légitimité : il a été élu sur des décisions, une vision du monde qui ont été pulvérisées par les « gilets jaunes », et ensuite et surtout par le moment que nous venons de traverser."

Les deux politologues sont également revenus sur la Convention climat, dont les propositions citoyennes ont été dévoilées. Avec en grande partie une écologie dite "punitive", sur laquelle revient Brice Teinturier : "Quand vous êtes sur une thématique aussi profonde et partagée malgré tout dans la population française, c’est très bien de dire qu’on ne peut pas être dans de l’écologie punitive mais à un moment donné on est forcé, malgré tout, de produire des restrictions à un certain nombre de comportements."

Un référendum dit à "plusieurs questions", à l’issue de la Convention climat ? Possible, estime Olivier Duhamel : "Ce qui est intéressant c’est qu’il est annoncé comme à plusieurs questions (…) Moi, je pense que c’est possible, car ce n’est pas interdit."

La question écologique qui s'invite aussi aux élections municipales, dont le second tour se tient dans une semaine. Brice Teinturier a souligné le "poids important" des écologistes, et comment ce poids pourrait remodeler le paysage politique : "Ça dessine dans ce pays l’idée qu’une coalition gauche-écologiste, si elle trouvait une incarnation après les municipales, pourrait perturber la chronique annoncée du duel Le Pen – Macron."

L'affaire Fillon revient dans l'actualité

Les deux politologues ont aussi évoqué l'affaire Fillon, qui revient sur le devant de la scène médiatique. Ces propos de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, notamment, dans le Journal du Dimanche : il faut "lever le doute délétère" pour la justice, estime-t-elle, doute né après les propos de l'ex-cheffe du parquet national financier disant avoir subi des "pressions" lors de l'enquête sur l'affaire Fillon. Emmanuel Macron, de son côté, a décidé de saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature. "Il y eu un désir de rattrapage, de vengeance, de la part d’un certain nombre de juges, encore plus dans le climat dans lequel ils apparaissent presque comme des héros", estime Olivier Duhamel : 

"Pendant la campagne électorale, un sympathisant LR sur deux considérait que François Fillon était victime d’une machination politique. C’était un argumentaire du candidat Fillon, qui a convaincu un électeur potentiel sur deux de François Fillon", rappelle quant à lui Brice Teinturier. 

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