Adrien Quatennens, député LFI du Nord, coordinateur de la France insoumise, est l’invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Becard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions).

Adrien Quatennens, député La France Insoumise, dans le studio de Questions Politiques le 23 février 2020
Adrien Quatennens, député La France Insoumise, dans le studio de Questions Politiques le 23 février 2020 © Radio France

C’est l’essentiel de la discussion qui a animé cette interview : la réforme des retraites et la bataille engagée par l’opposition, dont la France Insoumise, pour y mettre un terme. Adrien Quatennens, qui estime que la place de ce texte est "à la poubelle", explique les raisons de leur stratégie : "C’est une bataille centrale que celle des retraites. Nous la menons à l’Assemblée au nom de celles et ceux qui, depuis plus de 70 jours, se battent contre ce projet de loi."

"Ce projet de loi est illégitime", assure-t-il. "Emmanuel Macron, ce gouvernement et leur majorité n’ont pas de mandat pour faire ce qu’ils sont en train de faire. Ils ont été élus sur un programme, c’est un argument prétendument d’autorité selon eux. Mais le programme d’Emmanuel Macron disait que ce serait une retraite universelle, or il y a au moins cinq régimes différents ; il disait qu’on ne toucherait ni à l’âge de départ ni au niveau des pensions, or le projet fait exactement les deux."

Pourquoi le choix de l’obstruction ?

D’où cette stratégie classique de saturation du débat parlementaire, avec des milliers d’amendements déposés. Au risque de voir le gouvernement dégainer le fameux 49.3. "Je suis favorable à ce que la discussion dure, et dure longtemps", explique le député insoumis. "Parce que pendant qu‘elle dure, nous intervenons sur le fond et nous soulevons des lièvres." 

Il cite ainsi le cas de l’indexation de la valeur du point, sur un indicateur encore flou et mal défini. Pour lui, proposer aussi de nombreux sous-amendements pour décortiquer le texte est aussi une assurance : "Imaginez que le 49.3 soit utilisé aujourd’hui ou la semaine prochaine : les articles qui sont plus loin, nous ne pourrions pas les aborder et alerter l’opinion sur ce qu’ils contiennent."

"La variable d’ajustement, c’est la vie des gens"

Pour le député LFI du Nord, la question des retraites devrait être liée à celle du bonheur des salariés et citoyens : "Le  bonheur c’est de pouvoir partir à un âge où on peut encore profiter de la vie, et pas au moment où l’on a statistiquement les premiers pépins de santé. Emmanuel Macron va faire baisser la part de la richesse nationale consacrée aux retraites. Sa variable d’ajustement pour l’équilibre financier, c’est la vie des  gens, à travers le niveau des pensions et l'âge de départ."

La mobilisation sociale, une opportunité d’union de la gauche ?

En fédérant les oppositions contre elle, la majorité d’Emmanuel Macron pourrait-elle réconcilier les gauches françaises ? "Je pense que c’est voir le problème par un petit bout. Regardez dans le pays : la contestation autour de cette réforme dépasse largement le cadre simple de la gauche. Évidemment, à l’Assemblée nous travaillons de concert, mais s’il s’agit de faire un contre-projet commun, à cette heure c’est plus compliqué."

Pour lui, la clé est de s’allier à la mobilisation dans la rue : "Nous avons le mouvement social le plus ample, le plus long de toute l’Histoire de la Ve République."

Affaire Griveaux, montée du RN, municipales

Sur la diffusion de vidéos qui a poussé Benjamin Griveaux à abandonner la course à la mairie de Paris, Adrien Quatennens est très clair : "Benjamin  Griveaux c’est un adversaire politique, très franchement pas le plus  agréable d‘entre eux, mais ce qu’il a vécu est absolument détestable. Je crois qu’en politique, il faut travailler des arguments. Ça me responsabilise plus que ça ne m’inquiète."

Le cas du Rassemblement national, adversaire classique de la France insoumise, mérite selon le député du Nord de parler à ses électeurs. "Il y a une portion importante de gens qui votent pour le RN qui ne sont pas des racistes, qui ne croient pas aux thèses ethnicistes de Mme Le Pen. Mais qui pensent que c’est le vote le plus utile pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. Il y a un travail de fourmi à  faire, qui consiste à dire aux gens :  même si on applique le programme du Rassemblement national à votre  propre situation, le coup de pied aux fesses c’est à vous que vous allez  le mettre."

Enfin, Adrien Quatennens justifie la stratégie de son mouvement pour les municipales, avec des listes moins nombreuses que d’autres partis. "Nous avons décidé que l’utilité de la France insoumise pour ces municipales n’était pas d’aller ostensiblement planter le drapeau partout, mais de se mettre de côté pour favoriser l’implication des gens."

Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.