La ministre des Solidarités et de la Santé, qui doit présenter ce lundi le volet prévention de la stratégie de santé du gouvernement, est ce dimanche l'invitée de Questions politiques. Elle répond aux questions d'Ali Baddou, Françoise Fressoz, Jeff Wittenberg et Carine Bécard.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé
Agnès Buzyn, ministre de la Santé © AFP / Michel Stoupak / NurPhoto

En plein week-end du Sidaction, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, était ce dimanche l'invitée de Questions Politiques. Mais elle a d'abord été invitée à réagir à l'actualité dramatique de ces dernières heures : "L'émotion est toujours à vif, les images que nous avons vues des familles des victimes restent dans nos têtes", affirme-t-elle, assurant croire qu'il faut "_continuer l'action de renseignement, parce que nous savons que le visage du terrorisme est en train d'évoluer_, c'est un terrorisme endogène, souvent plus compliqué, plus individuel", explique-t-elle, en appelant également à la vigilance des citoyens. 

Sur la prévention du Sida, Agnès Buzyn dresse le constat d'une éducation à la santé "insuffisamment enseignée à nos jeunes". La solution proposée s'appelle le "service sanitaire" : "Des étudiants en santé vont aller dans les écoles et collèges dès la rentrée de septembre. Ils expliqueront notamment les MST. Je pense que ça va être utile", dit-elle, regrettant par ailleurs un chiffre alarmant : "Plus de la moitié des 15-25 ans disent ne pas avoir mis de préservatif lors de leurs rapports". 

"Il y a eu un balancier, avec une génération nourrie de la peur du Sida dans les années 80, et, quand les nouveaux traitements sont arrivés, on a lâché la pression de l'information (...). Or les traitements se sont améliorés mais ce n'est vraiment pas drôle de vivre avec ces médicaments toute sa vie", dit la ministre. 

"Défaut d'anticipation"

Alors que de nombreuses critiques visent aujourd'hui le système de santé français, la ministre dresse un constat : "Le système a progressivement dérivé (...), mais notre capacité à traiter les gens aujourd'hui continue à être l'une des meilleures au monde. Seulement aujourd'hui, l'organisation ne répond plus aux défis d'aujourd'hui. Notre système a été construit pour traiter des maladies aiguës, et nous sommes face à une population vieillissante qui souffre de maladies chroniques".

Ce à quoi il faut, selon elle, ajouter un "défaut d'anticipation" : "On n'a voulu renouveler les générations de médecins sans voir que la profession se féminisait, qu'aujourd'hui les médecins aspiraient à mieux conjuguer vie privée et vie professionnelle, ne plus faire 80 heures par semaine". 

Réorganisation et cartographie

Agnès Buzyn note également "un problème clair au niveau des urgences", se donnant pour mission "d'organiser la médecine de ville pour répondre à des patients qui n'ont rien à faire aux urgences (...) Il y a aussi un problème de lits d'aval", les lits ouverts juste après un passage aux urgence, "la plupart sont prix". Elle propose également de mieux répartir les actes médicaux : "Il y a des actes réalisés par les médecins qui pourraient être faits par d'autres professionnels de santé, et qui dégageraient du temps pour les médecins". 

Y a-t-il des hôpitaux en trop, aujourd'hui, notamment parmi les établissements dits "de proximité" ? "Certainement pas, les Français ont besoin de proximité. Mais mon travail est d'allier cette proximité nécessaire avec la qualité, ce qui nécessite des réorganisations. Il faut clairement dire qu'on ne peut pas faire de la médecine de technicité dans tous les lieux de proximité : en fonction de la gravité de la maladie, on peut être amené à diriger des gens un peu plus loin", explique la ministre, expliquant que cette cartographie du territoire doit être effectuée non pas par le ministère, mais par les Agences régionales de santé, les élus et les professionnels de terrain. 

Un débat de société sur la dépendance

"Il faut ouvrir un débat de société sur la façon de financer la dépendance dans les années qui viennent", explique par ailleurs Agnès Buzyn. "J'ai débuté une grande consultation autour des personnes âgées (...) nous serons cinq millions de personnes de plus de 85 ans en 2050", constate-t-elle, appelant notamment à "adapter le nombre de personnels à l'état de santé et de dépendance des patients". 

Sur la fin de vie, la ministre de la Santé dit vouloir "faire attention à ne pas prendre une posture figée, d'autant plus que les Etats Généraux de la bioéthique sont en cours". Du point de vue de la praticienne, elle dit trouver "que la loi Claeys-Leonetti répond à une grande partie des cas. Elle ne répond pas à un certain nombre de pathologies, notamment la maladie de Charcot où on garde toutes ses facultés mentales et où l'on devient paralysé progressivement". 

Invitée enfin à réagir sur les propos d'Emmanuel Macron qui a atténué la dangerosité de la consommation de vin, Agnès Buzyn explique : "Sur le vin, on a deux façons de voir le sujet, soit on le voit du côté du patrimoine et ça fait partie de notre patrimoine, soit on le voit du côté de la santé publique et c'est le problème de l'alcoolisme. _Ce sont deux réalités qui existent, il faut les faire se rencontrer, et pour moi la clé c'est l'information_. Les Français n'ont pas besoin d'être emmerdés, mais faire de la pédagogie et de l'information, ça n'emmerde personne et c'est ma façon de faire de la santé publique"

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Le portrait de l'invitée par Carine Bécard

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