François Bayrou, maire de Pau et président du MoDem, sera l’invité de « Questions Politiques » ce dimanche. Une émission présentée par Ali Baddou avec Carine Bécard (France Inter), Françoise Fressoz (Le Monde) et Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions).

Quelle est la météo politique selon François Bayrou ? "Le temps est couvert et menaçant", répond le président du MoDem : "Le climat politique n’est pas sain, n’est pas clair, mérite qu’on s’interroge. Les questions qui obsèdent le débat politique sont des questions mal maîtrisées, mal posées, dangereuses dans leurs effets", précise-t-il, ajoutant que le jeu politique consiste actuellement à "jeter de l'huile sur le feu pour que flambent des questions". 

La laïcité "pour vivre les uns contre les autres"

Et parmi ces questions figure celle de la laïcité : François Bayrou, qui a fait interdire le voile à l'école lorsqu'il était ministre de l'Éducation nationale, rappelle que "la laïcité, c’est la règle pour qu’on puisse vivre ensemble. Pour que triomphe le plus important qui est la compréhension mutuelle. Or assez souvent la laïcité est utilisée non pas pour vivre ensemble mais pour allumer des procès des uns contre les autres".

"Quand je vois une mère de famille qui porte un foulard, il y a des gens qui voient d'abord le foulard, moi je vois d'abord une mère de famille", explique-t-il, ajoutant que selon lui, "ce n’est pas parce qu’on porte un foulard, par tradition ou par conviction, qu’on a pas les mêmes problèmes que les autres". S'il reste attaché à ce que les signes religieux soient interdits, François Bayrou se dit par exemple favorable à ce que les accompagnatrices puissent être voilées, si l'appréciation du chef d'établissement estime qu'il ne s'agit pas de prosélytisme. 

"Les règles de droit interdisent qu'il y ait une loi" pour encadrer les pratiques religieuses, rappelle François Bayrou : "En 1905 on voulait interdire les signes religieux dans l’espace public. De très grands législateurs ont dit qu’on ne pouvait pas, parce que dans la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen on a le droit de montrer ses convictions". Il ajoute qu'une mesure stricte d'interdiction ne serait pas, d'un point de vue de l'apaisement de la société, souhaitable : 

Imaginez que nos compatriotes musulmans se sentent discriminés. Il en résulterait un durcissement sur les positions les plus rigides et parfois les plus sectaires, c’est exactement ce que nous voulons et devons éviter. 

Pour lui, le modèle de la laïcité mise en pratique selon la loi de 1905 est en danger "à partir du moment où on n’accepte plus cette règle simple : “La loi protège la foi mais la foi ne fait pas la loi”.

"Je considère que nos compatriotes musulmans sont autant nos concitoyens que nos compatriotes catholiques, juifs, protestants ou athées", dit-il, mettant en avant son expérience de maire de Pau. 

Quand vous êtes maire d'une ville, vous croyez que vous faites la différence ?

"Notre responsabilité est de faire vivre ensemble les gens dans la compréhension mutuelle, sans laisser aucune dérive prendre le pas sur nos principes", explique-t-il, avançant l'exemple de Mayotte pour montrer que "le racisme ne s'attache pas toujours à la race ou à l'origine" : "C’est la même religion, c’est la même langue, ce sont les mêmes familles : et pourtant il y a une vague de rejet extraordinaire contre les Comoriens qui viennent à Mayotte. Ce sont des rejets qui viennent du fait que vous habitez une société, et vous avez l’impression qu’elle est envahie par d’autres qui viennent prendre vos avantages et vos droits : ça ne porte pas sur la race, ni sur la couleur de peau, ni sur l’espace".

"Comment veut-on définir des listes communautaires ?"

Interrogé sur la présence possible de listes communautaires aux élections municipales, François Bayrou dénonce une absurdité : "Tout ça est absurde ! Comment veut-on définir cela ? S’il y a des listes dont les principes manquent aux principes de la république, c’est tout à fait autre chose. Je ne crois pas possible et imaginable qu’on puisse dire que telle liste est communautariste et telle autre ne l’est pas".

Si ça existe, je ne sais pas comment on va chercher que quelqu’un est musulman. 

"Une stratégie de large rassemblement" pour les municipales à Paris ?

Sur les élections municipales, il affirme que "ce n’est pas l’investiture d’un parti politique qui compte, c’est le lien avec les électeurs. C’est que l’avenir des villes soit garanti par le vote municipal. Ce qui compte, c’est le choix que les électeurs feront au bout du compte". Et il cite l'exemple de Paris : "J’ai le sentiment qu’on n’est pas sur la meilleure voie possible : c’est une situation tellement troublée qu’elle ne mène pas à l’alternance que je crois nécessaire à Paris". 

Il appelle ainsi de ses vœux "une stratégie de large rassemblement qui va de l’essentiel de la droite républicaine à la majorité des écologistes en passant par le centre. Là, il y a la majorité qui permettrait de faire ce que les Parisiens souhaitent : trouver une alternance à madame Hidalgo". Quitte à ce que cette stratégie vienne d'un autre candidat que ceux déclarés pour l'heure ? Il n'y ferme pas la porte.

Il se dit ainsi convaincu que les élections municipales peuvent aller au-delà des questions partisanes et d'étiquettes : "Je ne crois pas qu'une élection municipale soit une élection qui doive être politisée au sens des étiquettes de partis politiques : elle doit être politisée au sens des candidats et des valeurs qu'ils défendent". En revanche, il ne dit pas encore s'il est candidat à sa propre succession à Pau, et prévient qu'il l'annoncera directement "à [ses] compatriotes de Pau". 

Thierry Breton, "un bon choix" pour la Commission européenne

Que pense François Bayrou du choix de Thierry Breton pour la Commission européenne, à la place de Sylvie Goulard qui a été recalée ? "C’est un bon choix : c’est un portefeuille essentiel pour le siècle dans lequel nous sommes entrés. Les enjeux de la décennie qui viennent sont tous là. Si on énonce ces sujets, on voit que c’est là que la grande bataille va se livrer, pour l’emploi, pour l’équilibre, pour notre capacité à nous défendre face aux assauts américains et chinois". 

Thierry Breton a la double expérience, il a dirigé des entreprises, il est imaginatif, et lui sait quelles sont les lignes de bataille sur lesquelles il a joué. 

Interrogé sur de possibles conflits d'intérêt avec les entreprises qu'il a dirigées, François Bayrou assure qu'il existe des mécanismes légaux pour éviter ces conflits, et affirme : "Si on se met à dire qu'aucun patron d'entreprise ne peut exercer de responsabilité dans le champ de compétences qu'a été le sien, on va être mal assez vite. Les chefs d'entreprise sont des citoyens".

Le portrait de François Bayrou par Carine Bécard

  • Légende du visuel principal: François Bayrou, lors d'une visite à France Bleu Béarn © Radio France / Frédéric Fleurot
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