A une semaine du deuxième tour de l'élection présidentielle, Nicolas Demorand reçoit l'économiste Philippe Aghion, soutien d'Emmanuel Macron, et le député européen FN Nicolas Bay.

Philippe Aghion et Nicolas Bay
Philippe Aghion et Nicolas Bay © AFP

Il ne reste plus que huit jours aux électeurs pour faire leur choix, entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, pour le deuxième tour de l'élection présidentielle. A une semaine de ce scrutin capital, Nicolas Demorand, entouré de Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions), Carine Bécard (France Inter) et Arnaud Leparmentier (Lemonde), reçoivent l'économiste Philippe Aghion, soutien d'Emmanuel Macron, et le député européen et secrétaire général du Front national, Nicolas Bay.

Philippe Aghion : "La mondialisation est un fait"

L'économiste se dit très favorable à un modèle de "croissance inclusive" à la scandinave, qui mêle croissance par l'innovation et progrès social, un projet que partage Emmanuel Macron selon lui. "Je crois qu’un individu quel que soit le milieu d’où il vient, doit avoir toutes les opportunités ; la question c’est de voir comment on y arrive dans le monde d’aujourd’hui", affirme-t-il.

Comment commente-t-il la visite d'Emmanuel Macron face aux salariés de Whirlpool, à Amiens, la semaine dernière ? "Ce qu'on peut faire, c'est faire tout pour qu’il y ait un repreneur, pour que les patrons se comportent de façon correcte", dit-il. Mais "même s’il n’arrive pas à protéger l’emploi, il protégera la personne. Il va le faire en mettant en place un système d’assurance chômage généralisé", dit-il. Philippe Aghion met nettement l'accent sur la politique de formation professionnelle défendue par Emmanuel Macron : "Il va y avoir un vrai accompagnement des chômeurs, pour les aider, être avec eux".

Car pour l'économiste, la mondialisation "c'est un fait, et il y a face à cela deux attitudes possibles", le protectionnisme d'une part, l'accompagnement vers l'adaptation d'autre part. "Macron et les progressistes ont compris que le vote Le Pen et le vote Mélenchon veulent dire qu'il y a une colère, comment en prendre acte ? Avec la protection sociale, la justice sociale, et l'égalité des chances, l'école".

Une école qui selon Philippe Aghion doit devenir "un système qui donne une deuxième chance, voire une troisième chance", avec des maîtres très bien formés.

"L'innovation peut détruire des emplois, mais elle crée de nouveaux emplois en même temps. C’est pour ça qu’on est amenés sans arrêt à adapter son métier, à changer de secteur", explique Philippe Aghion. Interrogé sur l'exemple de Uber, il affirme que le succès de l'entreprise américaine "a eu du bon et du mauvais" : "le bon, c'est le fait que maintenant beaucoup de gens se disent qu'ils peuvent prendre un véhicule individuel. Le problème, c'est la transition, et la concurrence déloyale". L'économiste explique que selon lui, la stabilité de l'emploi va changer de nature : "au lieu de passer toute sa vie dans une entreprise, on saura que, où qu’on soit, on aura un bon salaire, de bonnes formations, un bon emploi".

Sur le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), qu'Emmanuel Macron compte transformer en baisse de charges pour les sociétés, Philippe Aghion rappelle que "ce n'était pas un cadeau" mais une rétrocession suite aux hausses d'impôts au début du mandat de François Hollande. "C'était aussi une dévaluation fiscale, au lieu d'utiliser la monanie", dit-il. Mais dans ce cas, n'était-il pas plus simple de sortie de l'Euro ? "Non, parce que si vous sortez de l'Euro, il y a une dévaluation immédiate, tout le monde spéculera contre le Franc, et beaucoup d'entreprises feront faillite".

Enfin, sur la transition écologique, sur laquelle il assure avoir beaucoup travaillé, il rappelle qu'Emmanuel Macron compte investir 15 milliards d'euros sur ce secteur. "L'idée c'est de pousser à la transition propre mais aussi à la recherche et au développement dans l'innovation verte, car c'est l'un des grands viviers d'emplois". Il dit croire beaucoup aux vertus du nucléaire mais penser que "des centrales doivent être fermées pour des raisons de sécurité".

Nicolas Bay : "Nous ferons les modifications constitutionnelles nécessaires pour mettre en oeuvre notre projet"

Interrogé d'abord sur la question de la sortie de l'Euro, sur laquelle la candidate semble avoir adouci son projet avec l'alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, Nicolas Bay affirme qu'il n'y a pas de changement : "Ce que nous voulons, c'est retrouver notre souveraineté notamment en matière monétaire, mais on n'en a jamais fait l'alpha et l'oméga de notre projet". Il évoque donc des négociations qui permettront à chaque pays de retrouver sa propre devise, mais explique que cela "prendra le temps qu'il faudra", probablement courant 2018. "Si on retrouve une monnaie nationale, la dévaluation n'est pas automatique, c'est une décision politique", assure-t-il.

Pour mettre en oeuvre ses mesures, le camp de Marine Le Pen compte modifier la constitution notamment pour faire primer le droit français sur le droit européen. "Nous ne sommes pas contre le fait qu’il y ait une amitié entre les pays européens mais nous voulons récupérer notre souveraineté", dit Nicolas Bay. Même chose pour faire des économies : pour mettre fin au regroupement familial, Marine Le Pen devra forcément procéder à des modifications constitutionnelles. Quant à la question de la binationalité, elle "sera maintenue pour les autres pays européens, pour d'autres avec des accords binationaux, mais le principe de la généralisation de la binationalité sera supprimé", assure-t-il.

Répondant à la question d'un auditeur qui le prévient d'un risque d'insurrection citoyenne en cas d'élection de Marine Le Pen, Nicolas Bay donne sa position : "La démocratie, c'est accepter le verdict des urnes. Les gens peuvent très bien changer de métier s'ils ne sont pas contents", explique-t-il. Et en cas de grèves massives ? " Le droit de grève est en vigueur, nous n’entendons pas le remettre en cause, mais le programme s’appliquera avec la fermeté nécessaire", dit-il.

Interrogé par un autre auditeur sur la question de la délinquance et de son lien avec l’immigration (alors que l'auditeur affirme que 82% de la population carcérale est de nationalité française), il affirme pourtant quant à lui que "c'est une réalité évidente" : "Je vous invite à visiter une prison, vous verrez qu’il y a une corrélation évidente entre l’immigration et la délinquance, ça vous sautera aux yeux", dit-il. "D’ailleurs c’est Jack Lang qui avait indiqué que les trois quarts de la population carcérale était de culture musulmane, c’est-à-dire pour l’immense majorité issus de l’immigration", maintient-il face à Nicolas Demorand qui l'interroge sur le lien entre la culture musulmane et la nationalité. Il prône donc le fait que toute peine soit appliquée. Quelle différence, alors, avec Emmanuel Macron qui propose la même chose ? "La différence c'est que lui ne le fera pas".

Enfin, le programme de Marine Le Pen propose une suppression de la Loi Fioraso, qui permet aux universités et aux grandes écoles françaises de délivrer une partie de leurs cours en langue anglaise. "Il faut éviter la généralisation de l'anglais partout", explique Nicolas Bay, "ce qui n'empêche pas l'enseignement des langues étrangères" (mais pas "en" langues étrangères).

Revoir les portraits des invités de Questions Politiques, par Carine Bécard

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