En ce début des année 1970, Simone Signoret est un monstre sacré. Elle assume son âge, son physique qui a évolué, ses choix. Elle revendique cette liberté, et s'apprête à commencer la rédaction de "La nostalgie n’est plus ce qu’elle était", autobiographie parue aux Éditions du Seuil en 1975.

Simone Signoret
Simone Signoret © Maxppp / Zuma Press

Le 19 novembre 1973, Jacques Chancel reçoit Simone Signoret. 

Elle a tourné avec les plus grands : Ophüls, Carné, Becker, Clément, Costa Gavras, Kramer, Lumet. Elle a été "oscarisée", vient d'enchaîner Le Chat avec Gabin (pour lequel elle a été récompensée à Berlin) et La Veuve Couderc avec Delon, tous les deux réalisés par Pierre Granier-Deferre et Les Granges Brûlées de Jean Chapot, à nouveau avec Delon. 

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Extrait de l'entretien

Je n'ai peur ni de mon âge, ni de mes rôles.

Simone Signoret : "Je pense que c'est de la sagesse, alliée à une façon de m'arranger avec moi même, sans hypocrisie, de prendre les choses comme elles sont". 

Jacques Chancel : C'est un bel optimisme, mais c'est la vie. 

"Je pourrais être mieux conservée, comme on dit, si je faisais plus attention, mais je ne sais pas dans quelle mesure ça me mènerait à jouer des choses aussi intéressantes que celles qu'on m'offre. Et en tout cas, c'est avec ça que je m'arrange avec moi même et ma conscience. 

Ce qui est très important, c'est d'être en règle avec soi-même. 

C'est la chose la plus importante au monde". 

Mais parfois, vous avez des phrases que d'autres hésiteraient à prononcer. Il y a encore cette autre phrase, moi elle m'amuse "N'oubliez pas que je suis une bonne femme qui a eu 19 ans en 40 et 23 ans en 44". Alors si on s'en tient à cette phrase, on peut dire Simone Signoret assume son âge. Mais si on va un peu plus loin, c'est une jeunesse vécue sous l'occupation.

"Je pense que vous ne trouverez pas beaucoup de gens de ma génération qui n'admettront pas que ces quatre ans-là - qui ont paru durer vingt ans - ont été le ferment de tout ce qu'on a pu devenir par la suite, en bien ou en mal. 

Il y a ceux qui n'ont pas été bien et qui l'ont peut-être oublié et qui se sont peut-être très bien retrouvés avec eux-mêmes. Mais ça, c'est leur problème. Ceux qui ont été extraordinaires et qui en sont quelquefois morts ou héroïques et qui ont survécu. Ce qui n'est pas mon cas, car je n'ai jamais été héroïque. Et puis, ceux qui ont subi ces quatre ans, cette nuit de quatre ans difficile, cruelle et quelquefois merveilleuse. 

Parce que ça a été une période où toutes les choses étaient tellement simples, tellement manichéennes. C'était blanc ou noir. C'était rouge ou bleu. Il y a le bien et le mal, alors c'est vraiment l'époque où les gens se sont le plus aimés, le plus entraidés, ont le plus partagé. Ou alors, ont été affreux les uns vis-à-vis des autres. Dans la formation d'une adolescente et d'une jeune femme, ce sont des marques qui sont complètement indélébiles. 

Ces années d'occupation étaient terrifiantes, mais elle étaient également enrichissantes et instructives. 

C'est affreusement horrible de dire ça, mais finalement, avec le recul du temps et parce que j'ai survécu, je ne regrette pas du tout d'être passée par là. 

Il faut que je dise tout de suite avant qu'on commence à parler sérieusement. Il faudrait m'arrêter parce que j'ai une tendance souvent à partir dans de longues explications. Là, je fais un effort, parce que je suis très impressionnée. J'essaie de faire des phrases bien logiques, mais j'ai une tendance à bifurquer. Voyez, à partir sur une idée bien enclenchée, sur une autre et souvent, personne n'y comprend plus rien. Vous m'arrêterez si..." 

Je crois que c'est justement le charme d'une conversation. 

"Oui, mais pour qui écoute de loin, les hésitations qui arrivent dans mon discours, quelquefois, c'est un peu difficile à suivre". 

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