Le 6 juillet 1973, Jacques Chancel reçoit Eugène Ionesco.

Eugène Ionesco
Eugène Ionesco © Getty

Dans la dernière partie de sa vie, Ionesco s'essaie au genre romanesque avec Le Solitaire, où un personnage à la fois marginal et insignifiant passe en revue son passé vide de sens et son présent qui l'est encore davantage, après pourtant avoir reçu un gros héritage d'un oncle d'Amérique. 

Ce roman est une critique de la fortune inopinée (genre gros gain du loto) qui a priori peut tout et qui en fait ne mène qu'à la solitude et à l'ennui, avec même quelques pointes de folies, comme lorsque le héros malheureux assiste près de chez lui à une manifestation révolutionnaire dans laquelle il se pense personnellement impliqué.

Ce n'est pas de solitude dont souffre l'homme moderne, mais c'est de manque de solitude

Extrait de l'entretien

Jacques Chancel : Eugène Ionesco vous avez souhaité toute votre vie écrire un roman, vous n'avez fait vos pièces qu'en attendant. Ce roman nous l'avons, enfin. Son titre Le Solitaire. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps ? 

Eugène Ionesco : "C'est une question à laquelle il m'est difficile de répondre à moi même. Il y a eu le hasard, il y a eu une série d'évènements qui ont fait que je suis devenu auteur dramatique. Je ne voulais pas faire du roman au début non plus. Je voulais faire de la critique littéraire et j'ai commencé ma "carrière littéraire" en écrivant des articles de critique littéraire. 

J'avais quitté la France à l'âge de 13 ans. Je me trouvais à Bucarest à l'âge de 20 ans. Jusqu'à 25 ans, lorsque je suis revenu définitivement en France, j'ai appris le roumain et j'ai commencé à écrire des articles de critique.

Je me suis aperçu que c'était ennuyeux de faire de la critique littéraire, mais que ça pouvait être très amusant. Alors, je me suis amusé et j'ai écrit des articles et des études, très élogieux sur les plus grands poètes et écrivains de ce pays. Et puis des articles très violents contre. On n'a pas compris. Et il y a eu des polémiques. 

Et j'ai essayé d'expliquer que la critique littéraire n'avait pas de critère et que tout n'était que affaire d'humeur et d'autorité." 

On peut dire donc que les critiques littéraires ne sont pas nécessaires. 

"Si, ils sont nécessaires. Mais c'est très difficile l'approche d'une oeuvre. Il faut avoir une certaine expérience de la vie et de la lecture pour cela et également. Il faut vraiment avoir une certaine humilité que je n'ai pas pu avoir. 

Pour moi, la critique littéraire, finalement, n'était qu'un instrument. Un instrument de ma puissance, un instrument de mon avenir, un instrument de gloire, et je me suis rendu compte bien vite que tout cela était ridicule, que c'est des livres que je devais parler et non de moi même alors qu'en réalité, je parlais de moi même à travers les livres." 

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