Le 10 juillet 1972, Jacques Chancel reçoit Raymond Poulidor. Une émission enregistrée pendant le Tour de France. Cette année-là, il participe à son dixième Tour de France.

Raymond Poulidor en 1982
Raymond Poulidor en 1982 © Getty / Philippe Le Tellier

Un retour, puisqu'il a fait l'impasse l'année précédente. À propos de ce Tour de France 1971, auquel il n'a pas participé, il déclara :

"Je le précédais afin de reconnaître le parcours et de donner mes impressions car je travaillais pour une radio. Mais jamais je ne me suis senti si étranger à mon milieu qui est celui du vélo et de la compétition."

Il terminera troisième de cette édition 1972, derrière Eddy Merckx et Felice Gimondi.

Jamais je n'ai été très ambitieux et je ne suis pas un homme d'avenir. Dès l'instant où j'ai la santé, l'avenir ne me fait pas peur.

Dans cet entretien avec Jacques Chancel, il raconte Cyrille Guimard, Luis Ocaña, Eddy Merckx, le Tour de France, son enfance et sa famille. Il raconte aussi ce décalage entre son enfance dans les champs où il faisait "des journées de 14, 15 heures" et le métier de cycliste professionnel où il est nourri, blanchi et qu'il avait des gens à sa disposition. Mais "je me connais assez mal, je n'ai jamais été un garçon très ambitieux, je me suis souvent contenté de ce que j'avais, de ce que je faisais".

En 1968, j'aurais pu gagner le Tour de France je pense.

Comment est née cette passion du vélo ?

Je crois que c'est l'amour du vélo qui me permet d'être dans les avants-postes et sur les podiums, pas l'ambition.

"J'ai commencé dans les foires où durant les courses, il y avait une poule ou un jambon à gagner. On s'engageait avec mes frères et là, je me suis rendu compte que je distançais les des camarades beaucoup plus âgés, plus forts que moi, que dans les cotes, je les distançais très nettement. J'ai vu que j'avais un petit don et j'ai persisté."

Je pense qu'au départ, on a des dons, que ces dons s'affirment dans certaines catégories de choses.

Malgré ces dons, il explique qu'il regrette de ne pas avoir pu continuer les études. mais il s'est fait une raison : "Quand j'ai quitté à l'école à 14 ans, après mon certificat d'études, je me souviens avoir pleuré beaucoup de jours. J'aurais voulu continuer mes études, mais mes parents n'avaient pas les moyens de me faire continuer. _Maintenant, je n'ai plus la patience de lire_, quand je suis les actualités, je regarde les actualités, mais seulement les gros titres, je n'ai pas la patience de lire tout l'article. [...] Je souffre intérieurement de ne pas avoir fait d'études".

Face à la popularité, l'incompréhension

Être simple, c'est une question de caractère. Je n'ai pas changé, je suis toujours celui de mes 17, 18 ans. 

"Je ne comprends pas la foule, je n'ai rien fait pour avoir cette popularité. Je ne suis pas plus gentil qu'un autre. Même des fois à l'arrivée d'une course, je suis très désagréable. Ma femme me le dit souvent, mais tout le monde est là autour de moi. Je suis un homme assez renfermé, assez sensible, contrairement à ce qu'on croit. Disons que je ne me livre pas. Mais la célébrité me fait plaisir, me satisfait et quelques fois, ça me sert dans les moments difficiles".

Je suis un perpétuel espoir. 

Quand Jacques Chancel en vient à évoquer une possible victoire du Tour de France, Poulidor répond par une phrase de sa femme, dite avec humour après sa victoire de la course Paris-Nice : "Si tu gagnes le Tour de France, je quitte la maison". Mais pour le cycliste, "être en tête ne me préoccupe pas du tout. La santé pour moi, c'est le principal."

Bonus : le conseil alimentaire de Raymond Poulidor : "N'abuser de rien n'a jamais fait de mal à personne. On peut manger de tout, mais évidemment, il ne faut pas manger des sauces."

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