Le 10 mars 1975, Jacques Chancel reçoit Michel Foucault. À 48 ans, le philosophe Michel Foucault vient tout juste de publier son ouvrage Surveiller et Punir, sous-titré Naissance de la Prison, aux éditions Gallimard. Il a déjà écrit son Histoire de la Folie à l’Âge Classique depuis plus de dix ans

Le philosophe Michel Foucault en 1965
Le philosophe Michel Foucault en 1965 © AFP / MARC GARANGER / Aurimages

Sa pensée reste extrêmement originale, en renouvelant les objets de la réflexion. Il se définit comme penseur, non pas gardien de certaines valeurs, mais surtout préoccupé de voir et de dire. Professeur au Collège de France depuis cinq ans, il est un intellectuel reconnu et très médiatisé.

Arriver au savoir

"On nait dans le savoir. Quelqu'un comme moi né dans la bourgeoisie de province, n'a-t-il pas été élevé, biberonné au savoir ? Avant même l'école primaire, on baignait dans un milieu, un système dans lequel la règle d'existence, la règle de promotion, c'était d'en savoir un peu plus, d'être un élève meilleur en classe. Dès tout petit, on est dans la compétition. J'ai toujours baigné, barboté dans le savoir. Est-ce que c'est de la chance ? J'aimerais plutôt essayer de m'en débarrasser. Mais comme ce n'est pas possible, je tacher de trouver d'autres voies, d'autres diagonales, de biaiser... De trouver enfin quelque chose qui ne fait pas partie du savoir. Mais qui mériterait d'en faire partie."

1968

"Avant 1968, c'est fou ce que le savoir était squelettique. Il fallait voir ce qu'on apprenait dans les universités. C'était moins que rien. 1968 a apporté une grand ouverture, un écroulement des murs, la destruction des interdits, la mise entre parenthèses des barrières, et invasion d'un nouveau type de savoirs, avec de nouveaux  contenus... 

Je ne me sens pas trop mal à l'aise avec tout ça parce que je me suis toujours intéressé à ce qu' on appelle les bas-côtés, aux bas-fonds. "Fouilleur de bas-fonds" disait Nietzsche. 

De m'être occupé de la folie, non pas dans son sens noble, dans son grand affrontement avec la raison, mais la folie quotidienne, la manière dont elle est captée, disqualifiée, enfermée, méprisée... Je ne dirais pas que je suis un grand penseur de l'époque, mais les choses dont je me suis occupées depuis quinze ou vingt ans sont celles qui remontent aujourd'hui à la surface..."

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