Jorge Luis Borges en 1963
Jorge Luis Borges en 1963 © Creative Commons

Quand Borges donne des entretiens à Georges Charbonnier, il est, à 66 ans, entré depuis longtemps, lentement, dans la cécité. « Depuis que je naquis en 99, le temps si minutieux, si bref en la mémoire, m’a ravi les formes visibles de ce monde ; azur et vermillon aujourd’hui sont brouillard : deux inutiles mots. L’ombre a scellé les miroirs qui sont devenus choses grises. »

C’est quand il est nommé en 1955 directeur général de la Bibliothèque Nationale d’Argentine qu’il réalise qu’il ne voit plus qu’à peine les titres sur les reliures. Cette année-là, dit-il, « Dieu m’a donné en même temps les livres et la nuit. » Pour lui qui a commencé sa vie tapi entre les rayonnages de son père, la peine aurait pu être rude. Mais il multiplie les conférences un peu partout. Il aime écouter et parler : ces entretiens de 1965 témoignent de son goût pour les aventures tranquilles du dialogue.

Les voyages l’attirent aussi de plus en plus. L’aveugle compose un Atlas. Il est argentin, inscrit dans la glorieuse généalogie des conquérants du Rio de la Plata, des pionniers de la pampa « ce vertige horizontal » mais l’argentin, pour lui, c’est celui qui va voir ce qui se passe partout.

Avec une dilection pour l’Europe, continent du passage et de la traduction. Dès son adolescence, Borges avait séjourné des années durant avec sa famille à Genève, il y avait appris sa troisième langue, le français : d’autres suivront.

S’il consentait à afficher une profession, c’était, plus que « bibliothécaire » : « polyglotte ».

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