Jean Giono
Jean Giono © Bettmann/CORBIS

Giono s’entretient ici avec Jean Carrière en 1965, quelques années avant que celui-ci ne reçoive le Goncourt pour L’épervier de Maheux . Ils observent tous les deux la même distance par rapport au petit monde littéraire. « Vous avez les yeux trop bleus pour Paris », disait Eugène Dabit à Jean Giono. C’est à Manosque qu’ils conversent. Giono y est né, y a acheté en 1930 une maison qu’il habitera jusqu’à sa mort, en 1970. Ce qui ne veut pas dire qu’il s’y sente exactement chez lui. C’est, comme Carrière, tout le contraire d’un écrivain régionaliste : un écrivain tellurique. La terre de Provence n’a pour lui rien d’idyllique. La terre comme la montagne - et pareillement le ciel et la mer, «cette gueule aux dents d’écume » - sont aussi des désordres… Quand, l’été, s’appesantit la chaleur, il voit les oliviers comme des tisons de braise. Et, sous la terre sèche, il devine l’en bas dévorateur qui retient à grand’peine ses forces de révolte et de destruction. Le monde de Giono, c’est l’en-bas en lutte avec l’en-haut, et l’écrivain dans le rôle d’Icare…

« Quand j’entends parler de la Provence des cartes postales, écrit-il, je me promets bien de n’y mettre jamais les pieds. D’après ce qu’on me dit, elle est fabriquée en carton-pâte et s’y produisent des barytons et des ténors qui roucoulent en promenant leurs ventres enroulés de ceintures rouges… »

Photo en page d'accueil : le bureau de Jean Giono, © Christophe Boisvieux/Corbis

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