Paul Léautaud et son chat en 1956
Paul Léautaud et son chat en 1956 © creative commons

Les entretiens de Paul Léautaud comptent beaucoup dans l’histoire de la radio. L’écrivain presque octogénaire était beaucoup moins connu que les Gide ou les Claudel, qu’on interrogeait habituellement : il vivait reclus à Fontenay-aux-Roses, affectait une totale misanthropie et n’avait nul souci de son succès et encore moins de sa réputation. Les auditeurs du Poste National et de Paris Inter lui firent néanmoins, l’hiver 1950-1951, un triomphe, la série alla jusqu’à 38 épisodes, donna naissance à un livre et ne fut pas étrangère à l’édition, à partir de 1954, du Journal littéraire de Léautaud – 19 volumes !

Vêtu comme un épouvantail, le bonhomme quittait sa bicoque de banlieue pour aller enregistrer. Il refermait la grille rouillée sur son jardin, une vraie jungle mais dont il tenait un plan précis parce qu’il y avait enterré ses chats et ses chiens – il en eut plusieurs centaines. Ensuite, il prenait la ligne de Sceaux et venait à pied de la gare du Luxembourg à la radio. Il ne voulait rien savoir des questions qu’avait préparées Robert Mallet : « puisque j’écris comme moi, je parle comme moi, un point c’est tout »… Une fois les entretiens réalisés, il ne demandait pas à les revoir, il ne les écoutait même pas puisqu’à Fontenay où seules deux pièces étaient dotées de l’électricité, il n’avait pas de poste de radio.

Pareille spontanéité tranchait avec le style compassé de l’époque. C’est ce qui plut. Enfin une radio sans fabrication qui ressemblait à la vie réelle ! Sans doute le succès est-il dû aussi à une autre raison, moins avouable : les auditeurs, fatigués des discours vertueux ce cette époque de qui les poussaient à la productivité, à la fécondité, à la reconstruction, ont aimé entendre dans la bouche du vieil égoïste ce qu’ils n’osaient dire tout haut : la nation, le civisme, l’altruisme, on en a eu notre dose; avec le père Léautaud, on peut enfin afficher sans scrupule la priorité aux passions privées et au bon plaisir de chacun !

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