Blaise Cendrars
Blaise Cendrars © Creative Commons

Quand un Cendrars au mieux de sa forme, à 63 ans, accepte de répondre à ses questions, Michel Manoll en reste tout ébaubi. Le grand écrivain américain, John Dos Passos raconte qu’un entretien avec Cendrars, c’était en effet toute une affaire : le leur, en 1930, dans le Périgord, avait duré huit jours de rang, accompagné de truffes, de buissons d’écrevisses, de brochettes de petits oiseaux et de venaison de braconnage qu’apportait le curé du coin. En 1950, avec Manoll, ce fut plus retenu : la radiodiffusion nationale invitait évidemment à l’austérité.

Mais si serré qu’était le format de ces entretiens, l’interlocuteur faisait éclater les coutures. « Nous ne pouvons aller au Japon, viens au Mexique…J’étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares mais je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois clochers … »

Cendrars, c’est l’explosion de soi. Il n’a cessé de dire « je » que pendant une période d’une dizaine d’années, après l’amputation de son bras droit au combat en 1915. Mais, avant-guerre, dans La Prose du Transsibérien et Pâques à New York et de nouveau après Moravagine en 1926, il aime se surexposer. C’est sa méthode : il se met tellement en pleine lumière qu’il en disparaît presque, devenant insaisissable.

C’est un avantage que d’être légendaire, ça dissimule. Son pseudonyme, par exemple : braise et cendres. Il ne livre jamais son vrai patronyme : Fréderic-Louis Sauser. Il est né en 1887 dans une cité placide, La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Mais qu’importe, il raconte qu’étaient glissées sous la porte de la maison des lettres qu’envoyaient de tous les coins du monde des oncles idéalisés : il en collectionnait avidement les timbres multicolores. Comment dans ces conditions passer des examens ? Surtout quand le père est lui-même un inventeur inouï.

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.