Colette
Colette © Lebrecht Music & Arts/Corbis

Colette reçoit la radio dans son appartement, 9 rue de Beaujolais, un premier étage qui donne sur les jardins du Palais-Royal. Nous sommes l’hiver 1949-1950. Pauline ouvre la porte, Maurice Goudeket, le dernier mari, veille à ce que tout soit confortable. Clouée à son lit-radeau, auréolée de sa coiffure mousseuse, la septuagénaire fixe de ses yeux en amande le jeune André Parinaud, lequel veut absolument éclairer les mystères de la fabrication du cycle des Claudine.

C’est loin pour Colette. 1900-1904. Un succès inouï. Il y eut une mode Claudine, dont il reste les fameux cols. Des produits dérivés, des cigarettes aux poudriers. Les quatre livres de la série étaient issus d’un véritable atelier d’écriture : la copie, dactylographiée, circulait entre une demi-douzaine de nègres sans qu’on puisse identifier ce qui venait de la plume et des souvenirs de Colette puis le maître d’œuvre, Willy, son premier mari, posait son sceau. On ne saura jamais comment cet assemblage se fabriqua vraiment. Parinaud aiguillonne vainement Colette de ses interrogations, elle se rétracte.

« Vous n’êtes donc venu que pour me rappeler de mauvais souvenirs », dit-elle. La période s’est en effet mal terminée. Willy s’est éloigné avec une créature, Colette avec une marquise. Sauf qu’avec la dite marquise, fille du duc de Morny, elle s’est produite au Moulin Rouge : la scène où les deux dames, peu vêtues, mimaient l’amour avait fait scandale, Paris les traita en lesbiennes et Willy en cocu. Le couple qui n’était que séparé divorça dans la douleur et Colette s’aperçut qu’elle n’avait plus sur la série de Claudine les droits que Willy avait cédés à deux éditeurs. Désormais elle regarda toute cette période comme un contretemps.

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