Le journaliste et photographe a été libéré et expulsé de Turquie ce vendredi 9 juin 2017. De retour en France, il est l'invité d'Alexandra Ackoun ce samedi.

Mathias Depardon dans l'avion vers Paris vendredi soir
Mathias Depardon dans l'avion vers Paris vendredi soir © Radio France / Alexandra Ackoun

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Le journaliste est évidemment fatigué, après trente jours de détention et deux nuits blanches successives avant de rentrer à Paris. Arrêté en plein reportage pour National Geographics, on lui explique qu'il y 'a un "problème avec sa carte de presse", puis qu'on le soupçonne de "propagande pour une entreprise terroriste". "Ça ne m'a pas surpris tant que ça. J'avais déjà été arrêté auparavant et j'avais été en garde à vue pendant 4 à 5 heures à l'aéroport. J'avais déjà été accusé à ce moment-là de propagande terroriste : de la part des autorités turques, c'est une charge d'accusation assez récurrente envers les journalistes présents en Turquie."

"Je pense que l'idée était d'envoyer un message fort et clair auprès des journalistes étrangers, et des journalistes turcs qui souhaitent travailler dans le sud-est de la Turquie aujourd'hui. Pour dire tout simplement qu'ils ne sont pas les bienvenus et qu'on n'a aucun intérêt à faciliter leur travail sur le terrain."

Mathias Depardon rappelle que c'est une région "sensible" : "on est en état d'urgence, dans une période post-référendum où la presse étrangère a été très critique envers le régime. Je savais qu'en restant après une première arrestation, je jouais les prolongations..."

Plus d'une centaine de journalistes turcs emprisonnés

Globalement, le journaliste assure avoir été "bien traité" pendant sa détention. "Mais ils ont été fermes. J'ai été complètement isolé pendant plus d'une semaine, et en général, très isolé des autres détenus." Il a notamment partagé sa cellule avec deux Pakistanais, qui ont repris sa grève de la faim avec sept autres confrères journalistes.

La grève de la faim, "c'était un peu un coup de poker, c'était difficile de déterminer si ça allait faciliter ou pas ma liberté."

"Je l'ai fait pour essayer d'accélérer le processus de ma liberté, en même temps je savais que c'était un affront auprès des autorités turques." Paradoxalement, cette initiative a aussi aidé Mathias Depardon à tenir : "Ça m'a permis d'être actif, de prendre une initiative, et psychologiquement j'ai été très bien pendant cette semaine de grève. J'étais heureux d'entamer ce combat."

En Turquie, la situation de la liberté de la presse se dégrade régulièrement. "On parle de plus d'une centaine de journalistes turcs emprisonnés, 174 médias fermés depuis la tentative de coup d'État", détaille Mathias Depardon.

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