La Guerre du Viet Nam, c'est des affrontements sanglants, des millions de morts et des générations traumatisées. C'est aussi la première fois que la guerre se donne autant à voir. Retour sur la photo la plus emblématique du conflit...

Le photographe et son modèle 40 ans après
Le photographe et son modèle 40 ans après © Maxppp / Armando Arorizo

"C’est une image qui n’a jamais cessé de circuler, d’être montrée et exposée. Et pour cause ! Elle est saisissante. Même si on ne comprend pas tout tout de suite. C’est notre instinct qui nous le dit, c’est une photo essentielle qu’on a aujourd’hui sous les yeux. "

Parce qu’avant toute chose, avant tout contexte, avant toute histoire, avant l’histoire qu’on va vous raconter, avant tout ça, ce que l’on voit, c’est une enfant. Une fillette qui court vers nous, qui pleure et qui a les bas grands ouverts. Elle s’apprête à nous agripper.        

- Thomas Baumgartner, auteur du texte lu par Brigitte Patient

► Une émission réalisée en partenariat avec le magazine Fisheye

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La photo

Nous sommes le 8 juin 1972. La guerre du Viet-Nam peine à se conclure. Aux abords de Trang Bang, plusieurs personnes fuient le village qui vient d’être bombardé au napalm. Parmi les personnes visibles sur l'image, plusieurs soldats, mais aussi le photo reporter David Burnett, qui travaille pour le magazine Life. Surtout, on voit des enfants en pleurs, dont une petite fille nue, la chair attaquée par le napalm.

Cette photo a contribué à la prise de conscience des horreurs de la guerre par les populations occidentales, particulièrement américaines. Avec le conflit vietnamien, pour la première fois, nous pouvions voir la guerre. Nous pouvions être aux premières loges de la « lutte pour la liberté » entreprise par la première puissance mondiale.

D’autres photos de cette époque ont marqué les mémoires, comme celle de l’exécution sommaire d’un Viet Cong, capturée par Eddie Adams, ou la mort de Dickey Chapelle, photojournaliste tuée par une mine, photographiée par Henri Huet.

Le photographe

C’est à Nick Ut que l’on doit cette photo, intitulée The Terror of War. A 16 ans, il avait repris l’activité de photojournaliste de son frère, lorsque ce dernier mourut. Horst Faas, célèbre photographe de l’époque, l'avait alors pris sous son aile. Il a 21 ans au moment du cliché, et recevra grâce à lui le prix Pullitzer en 1973.

Cette photo bouleversera considérablement la vie de la fillette Kim Phuc. Devenue une mascotte du régime communiste vietnamien après la fin de la guerre, elle parvient à s’enfuir pour aller vivre au Canada, où elle fondera une famille, malgré les séquelles persistantes de ses brûlures au napalm. Elle est aujourd’hui ambassadrice à l’UNESCO, et rejoint souvent Nick Ut pour témoigner.

Kim Phuc Phan Thi reçoit le "Dresden Peace Award", février 2019
Kim Phuc Phan Thi reçoit le "Dresden Peace Award", février 2019 © Getty

Pour en discuter…

Christine Spengler est née en 1945. Elle est partie au Viet Nam à 21 ans pour couvrir le conflit avec son appareil photo. Là-bas, elle travaillera pour l’agence Associated Press et sous les ordres de Horst Faas. Après avoir fait ses armes au Viet Nam, elle partira sur de nombreuses autres zones de conflit : Iran, Irlande du Nord, Cambodge, Irak… Elle a aujourd’hui délaissé le photojournalisme pour une approche plus personnelle de la photographie, inspirée de la Movida. 

Christine Spengler
Christine Spengler © Radio France / Thomas Lehetet

Pour aller plus loin...

Programmation musicale 

  • Aloïse Sauvage - A l'horizontale
  • Tamino - Verses
  • Cassandra Wilson - Vietnam Blues
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