Ce baiser est le plus célèbre de l'histoire de la photographie. Comment une image acquiert un tel statut ?

Robert Doisneau, 1992
Robert Doisneau, 1992 © Getty / Peter HAMILTON / Contributeur

"25 ans après sa disparition, le 1er avril 1994, Robert Doisneau reste sans doute le photographe français le plus connu du grand public, écrit Jean-Christophe Béchet, auteur du texte lu par Brigitte Patient.Et parmi ces dizaines de milliers d’images et la centaine de livres publiés sur son œuvre, une photo se détache. Une photo qu’il n’a jamais vraiment aimée. Une photo qui n’a rien de remarquable, ni sur le pan artistique, ni sur le plan historique ou journalistique. "

Une photo plutôt banale prise en 1950. L’histoire de cette photo est un vrai roman qui va s’étaler sur plus de 50 ans…  

► Une émission réalisée en partenariat avec le magazine Fisheye

.
.

La photo

Un homme et une femme s’embrassent dans la rue. Un baiser volé qui prend place aux abords de l’hôtel de ville de Paris. C’est la scène que donne à voir, au milieu du flux de passants, la fameuse photo de Robert Doisneau. Originellement, c’est pour répondre à une commande du magazine américain Life que Robert Doisneau donne naissance à ce cliché. Et si elle parait bien dans le magazine, la photo disparaîtra de la circulation. Pour un temps.

Elle resurgit ensuite à plusieurs reprises, de-ci de-là, avant d’être finalement éditée en poster en 1983. C’est un franc succès, et la photo gagne progressivement son statut iconique. Pour le meilleur, puisqu’elle permettra à Doisneau de se faire connaître à travers le monde entier, mais pour le pire aussi. Car de nombreux couples croient se reconnaître sur la photo, et certains comptent bien en profiter pour y amasser de l’argent…

En 2005, Françoise Bornet, la femme de la photo, vend un tirage original du Baiser de l'Hôtel de Ville. Estimé entre 10 et 20 000 euros, les enchères grimpent jusqu'à 155 000 euros
En 2005, Françoise Bornet, la femme de la photo, vend un tirage original du Baiser de l'Hôtel de Ville. Estimé entre 10 et 20 000 euros, les enchères grimpent jusqu'à 155 000 euros © AFP

Le photographe

Robert Doisneau est né le 14 avril 1912 à Gentilly. Issu d’une famille bourgeoise, il intègre une usine Renault où il travaille pendant 5 ans, avant de se faire renvoyer à cause de ses retards incessants. Après la seconde guerre mondiale, Doisneau intègre l’agence Rapho et devient officiellement photographe indépendant.

Si ses photos de Paris restent en mémoire, il voyage aussi beaucoup à l’étranger pour en rapporter des reportages : Canada, Etats-Unis, URSS… Reportages publiés dans des grands titres comme Paris-Match ou encore Life. Son œuvre est récompensée de son vivant par plusieurs prix, dont notamment le prix Kodak en 1947 et le prix Nièpce en 1953. Il meurt le 1er avril 1994 à Montrouge, où se trouvait son atelier.

Pour en discuter 

Fabienne Pavia est la directrice de la maison d’édition indépendante Le Bec en l’air, qu’elle a fondé en 1999. La maison d’édition publie beaucoup de photographes, mais pas seulement. Le point commun de toutes leurs publications : le dialogue entre le texte et l’image.

Par rapport au droit à l’image, en tant qu’éditrice, je m’interroge avant tout sur la sincérité de la démarche de l’auteur. Il y a aussi la question de la dignité des personnes photographiées.

Kalel Koven est photographe professionnel depuis 8 ans. Il a voyagé dans plusieurs grandes villes pour faire de la photographie de rue : New-York, Paris, Tokyo… Sa pratique a été inspirée par des photographes comme Saul Leiter et Bruce Davidson. Son travail peut être consulté sur son site internet.

Une photo ne devient pas iconique par hasard. Si elle traverse l’histoire, c’est que chacun peut s’y retrouver. On apprend à la lire avec le temps.

Fabienne Pavia et Kalel Koven
Fabienne Pavia et Kalel Koven © Radio France / Thomas Lehetet

Pour aller plus loin...

Programmation musicale 

  • Emily Loizeau/The Blind Seats - Viens avec moi vieux pays
  • Mac Demarco - All of our yesterdays
  • Jean Rocherfort/Jean-Pierre Marielle - Paris jadis
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.