Un corps ou un instrument ? Ou bien juste l'incarnation de la passion que Man Ray vouait à sa muse Kiki de Montparnasse, véritablement devenue son "violon d'Ingres"...

Man Ray, octobre 1963
Man Ray, octobre 1963 © Getty

Une peau blanche se détache sur un fond gris. La jeune femme est nue, assise de dos. Sa tête enturbannée est tournée légèrement vers la gauche, pas suffisamment pour qu’on puisse identifier le modèle. Une étoffe enveloppe son bassin, laissant poindre la naissance de ses fesses. Un point sombre fait écho à deux ouvertures en forme de F de chaque côté de sa colonne vertébrale, comme les deux ouïes d’un violon disposés de part et d’autre des cordes de l’instrument. 

- Philippe Pataud-Célérier, auteur du texte lu par Brigitte Patient

► Une émission réalisée en partenariat avec le magazine Fisheye

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La photo

Dans les salles enfumées des bars du quartier de Montparnasse, Man Ray d’autres artistes de l’époque : Duchamp, Picabia, Tzara… Ensemble ils boivent, fument, discutent, échangent... Et rencontrent d'autres personnes ! C'est par l'intermédiaire d'une artiste russe qu'il fera la connaissance d'Alice Ernestine Prin, aussi connue sous le pseudonyme de Kiki de Montparnasse. Plus qu'une muse, la jeune femme emménagera dans l'appartement du photographe et les deux vivront une histoire d'amour.

Le photographe

C’est l’une des photos emblématiques d’Emmanuel Radnistky, dit « Man Ray ». Débarqué en France en 1921, il y contribue activement à définir le dadaïsme. Le mouvement, qui émerge suite à la première guerre mondiale, cherche à renverser les valeurs traditionnelles de l’art.  Sa pratique artistique ne se limitera cependant pas à la photographie : il avait en fait débuté par la peinture, et s'essaiera plus tardivement à la réalisation de films.

Man Ray (accroupi à gauche) et Kiki de Montaparnasse (debout derrière lui), devant le Jockey Club. On reconnait au premier rang à droite (avec la canne), Jean Cocteau
Man Ray (accroupi à gauche) et Kiki de Montaparnasse (debout derrière lui), devant le Jockey Club. On reconnait au premier rang à droite (avec la canne), Jean Cocteau © AFP / Collection Leemage

Pour en discuter ...

Emmanuelle de L’Ecotais est docteure en Histoire de l’art. Doctorante, elle choisit de consacrer sa thèse au fond photographique de la dation Man Ray. Elle était aussi commissaire de l’exposition consacrée au photographe en 1998 au Grand Palais, puis à travers plusieurs pays dans le monde. Jusqu'à décembre 2018, elle était chargée des collections photographiques au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Elle travaille actuellement à  l’organisation d’une grande exposition qui se déroule à partir du mois d’Août au Brésil.

« Les deux ouïes ont été peintes directement sur le tirage. Ca en fait une œuvre unique, il n’y a pas d’autre tirage peint de cette photo qui existe. »

Avec elle, nous revenons sur le support exceptionnel qu’a représenté la dation Man Ray, obtenue en 1994 par le Musée d'Art Moderne. Ce sont plus de 15.000 négatifs qui ont été exhumés, triés et classés. Un fonds qui permet de s’approprier un peu plus le travail du photographe et de comprendre comment il abordait la pratique de la photographie.

Emmanuelle de L’Ecotais
Emmanuelle de L’Ecotais © Radio France / Thomas Lehetet

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