Deux jumelles, vêtues exactement de la même façon, nous fixent de leurs yeux perçants. Voilà le symbole de l'héritage laissée par Diane Arbus, la photographe américaine qui aura tenté toutes sa vie de rendre visible ceux qu'on appelle les "freaks".

Diane Arbus, New York, 1968
Diane Arbus, New York, 1968 © Getty / Roz Kelly

C’est une photographie qui a progressivement colonisé les livres, les magazines, les rayons d’affiche et les cartes postales, pour entrer au Pantheon des images. Pourtant, lorsque dans les années 60, Diane Arbus s’échappe de New York pour se rendre à Roselle dans le New-Jersey, rien n’indique que ce cliché deviendra la signature de son œuvre…      

- Yannick Le Guillanton, auteur du texte lu par Brigitte Patient

► Une émission réalisée en partenariat avec le magazine Fisheye

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L’image

La gémellité est une curiosité génétique qui représente 1,25% des naissances. Le genre de détail qui attire l’œil de Diane Arbus. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que son boîtier s’empare du sujet. Les deux sœurs, Cathleen et Colleen Wade sont âgées de 7 ans au moment de la photo. La rencontre entre les jeunes jumelles et la photographe s’est justement faite au cours d’une fête de Noël dédiée aux jumeaux et triplés.  

En plus d’être parfaitement identique, les deux sœurs sont habillées et coiffées de la même façon, renforçant l’impression d’étrange que la photo laisse échapper. Seule différence notable : leurs expressions. Alors que l’une nous adresse un sourire, l’autre laisse échapper un début de moue, comme pour coller au contraste que procure le noir et blanc

La photographe

Diane Arbus est née le 14 mars 1923 à New-York. Issue d’une famille aisée, elle décidera très vite de couper les ponts avec ses origines bourgeoises. C’est la photographie qui lui permet d’accomplir cette mue en se frottant aux marginaux qu’elle affectionne : du géant juif new-yorkais à l’homme aux bigoudis, elle montre ce que l’Amérique des années 60 ne veut pas voir autrement que comme des bêtes de foire.

En 1955, le MoMA de New-York présente l’exposition The Family of Man. C’est la première fois que Diane Arbus est exposée, parmi les œuvres d’autres jeunes photographes prometteurs. Puis en 1967, une salle entière lui est consacrée lors de l’exposition New Documents. Le directeur du musée d’alors, John Szarkowski, place Arbus au sein d’une « génération [de photographes] dont l’objectif n’est pas de recréer ce qu’est la vie, mais de la comprendre. » Cette exposition est comme une consécration pour la photographe. Mais la gloire sera de courte durée. Touchée par une dépression qui dure, Diane Arbus se donne la mort le 26 juillet 1971 à l'âge de 48 ans.

Pour en discuter...

Archiviste-paléographe, Dominique Versavel est, depuis 2002, conservatrice chargée de photographie moderne ainsi que, depuis 2014, chef du service de la photographie au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque Nationale de France

Ce qui me paraît vraiment important chez Diane Arbus, c’est que la forme s’efface devant le sujet. Elle va chercher la faille, sous le vernis des apparences. Ce qui laisse penser et sentir que finalement, quel que soit l’individu, il n’est pas forcément à sa place là où il se trouve. 

Dominique de Versavel a participé à de nombreux colloques ainsi qu’à la conception de plusieurs expositions et des catalogues rattachés : Objets dans l’objectif (2005), La Photographie humaniste (2006), Presse à la Une (2012), Alix-Cléo Roubaud (2014), Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire (2018)... Elle prépare actuellement une exposition sur le thème du Noir et blanc, programmée au Grand Palais pour le printemps 2020.

Dominique Versavel
Dominique Versavel © Radio France / Thomas Lehetet

Pour aller plus loin

Programmation musicale : 

  • Fouki - Positif
  • Lee Fields/The Expressions - You're what's needed in my life
  • Françoise Hardy - Noir sur blanc
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