Après moi le déluge est le sous titre de l'exposition "Contaminations" présentée à la Galerie Fait et Cause à Paris jusqu'au 23 février. C'est un travail de Samuel Bollendorff qui a été exposé à Visa pour l'Image, à Perpignan en 2018 et publié dans les pages du quotidien "Le Monde".

Samuel Bollendorff
Samuel Bollendorff © Hiroko Aihara

Contaminations est une série de sept reportages dans des lieux définitivement rendus impropres à la vie. Et pourtant, des hommes, des femmes, des enfants vivent sur ces territoires : Anniston aux États-Unis, Dzerjinsk en Russie, Fort Chipewyan au Canada, Regencia au Brésil, Fukushima au Japon, « la Terre des Feux », à côté de Naples, jusqu’au milieu du Pacifique. Avec des journalistes du Monde, Samuel Bollendorff est allé regarder les paysages, rencontrer les habitants. Les récits publiés dans le quotidien et les photographies se complètent, se contaminent pour produire la plus effroyable affirmation : après moi le déluge.

La mère nature, Alberta, Canada
La mère nature, Alberta, Canada / Samuel Bollendorff

"En Alberta se joue la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne. Plus de 170 milliards de barils de pétrole à extraire des sables bitumineux, soit la deuxième réserve du monde, sont enfouis sous la forêt boréale, sur une superficie équivalente au quart de la France. Bitume, acides naphténiques, cyanure, phénols, arsenic, cadmium , chrome, cuivre, plomb et zinc… 

Mille milliards de litres de résidus toxiques, des boues tamisées du processus minier sont déversés dans d’immenses lacs de retenue pollués d’hydrocarbures contenant plusieurs agents cancérogènes, mutagènes et tératogènes dans lesquels viennent mourir les canards sauvages. 

Une des dernières forêts primaires de la planète est rasée, des rivières sont détournées et polluées, la quasi-totalité des caribous ont disparu... et le taux de cancers dans les villages du lac Athabasca est 30 % plus élevé que dans le reste de la province."

Samuel Bollendorff

Intérieurs de filtres prélevés par les scientifiques de l’expédition Tara Pacifique dans le Great Pacific Garbage Patch, le “continent de plastique
Intérieurs de filtres prélevés par les scientifiques de l’expédition Tara Pacifique dans le Great Pacific Garbage Patch, le “continent de plastique / Samuel Bollendorff

"Chaque année, huit millions de tonnes de plastique sont déversées en mer. Des déchets ménagers, des filets de pêche, des « larmes de sirènes » (microbilles servant de matière première dans l’industrie) et surtout des plastiques à usage unique. Des emballages utilisés quelques secondes qui contamineront les océans pour des siècles. 

Lorsqu’une bouteille de plastique se fragmente, au fil de l’eau, de l’attaque des UV et de quelques bactéries, elle produit à elle seule 20 000 morceaux de microplastiques d’un millimètre ou de quelques dizaines de microns. Des éléments confondus avec le phytoplancton et ingérés par les poissons. 

Les polymères fragmentés libèrent alors leurs toxiques – bisphénol A, phtalates, DDT, PCB… – et contaminent les tissus des poissons qui les absorbent. Certaines zones présentent des concentrations de plastique jusqu’à dix fois plus importantes que le plancton. Ainsi entrées dans la chaîne alimentaire, les traces de plastique se retrouvent partout, jusqu’en Arctique……  Au milieu de l’océan Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie, se trouve la plus grande des six concentrations de plastique des océans. Sur une zone de 3,43 millions de kilomètres carrés, soit près d’un tiers de la superficie de l’Europe, ce qu’on appelle « le continent de plastique » ressemblerait plutôt à une soupe mortelle……Aujourd’hui, il est difficile de trouver un endroit sans aucune trace de plastique sur notre planète. Il y en a partout, dans tous les cours d’eau, dès le début de la chaîne alimentaire et jusque dans le corps humain. On estime que les hommes auraient perdu jusqu’à 75 % de leur fertilité à cause des perturbateurs endocriniens contenus, entre autres, dans le plastique. 

Ces déchets constituent aujourd’hui un écosystème à part entière que les scientifiques appellent désormais la plastisphère. 

Une contamination qu’il ne sera jamais possible de nettoyer."

- Samuel Bollendorff

J’ai fait le tour de la Terre en 2018. Ça ne prend que quelques heures tant elle est petite, fragile. Et où que mon regard se soit porté, il s’est perdu dans l’obscurité.

Pour aller plus loin

Le site de la galerie Fait et Cause

Le site de Samuel Bollendorf, vous y trouverez les autres séries et les documentaires.

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