Nous recevons aujourd'hui un homme qui aime la photographie, Marin Karmitz . Il l’achète, il vit avec. Certains d’entre vous ont peut être vu sa collection exposée en Arles en 2010, d’autres ont peut être en main le beau livre des éditions Actes Sud Traverses, la collection photographique de Marin Karmitz . Nous allons regarder quelques photographies qu’il a choisies, parler de la fabrication de son regard au fur et à mesure de la constitution de sa collection. Et si l’ensemble des photos forment un autoportrait de notre invité - exploitant, distributeur, producteur et réalisateur français, fondateur de la société MK2 entre autres - nous le découvrirons à l’heure de nous quitter, autour de minuit. François Cheval , conservateur du musée Niépce à Chalon-sur-Saône vient nous parler du Festival Circulations (Festival de la jeune photographie européenne), dont il est le parrain.

Marin Karmitz en studio
Marin Karmitz en studio © Radio France / Anne Audigier

Photo choisie par Marin Karmitz

Mineur, Winterslag, Belgique, 1937
Mineur, Winterslag, Belgique, 1937 © Fotostiftung Schweiz / Gotthard Schuh

"La première photo que j’ai achetée et qui me suit de bureau en bureau. C’est une vision de résistance. Ce gamin sort de la mine, il est tout noir, mène une vie de chien et en même temps, il est magnifique, rayonnant d’énergie. Gotthard Schuh, photographe malheureusement sous-estimé, me touche, me bouleverse, me fait rêver… Chacune de ses images, et c’est ce que j’aime de la photographie, est un point de départ, le début d’un scénario, d’un mystère à résoudre. "

Marin Karmitz

La photo de la semaine

Cueilleur de coton saisonnier, Eloy, Arizona, 1940
Cueilleur de coton saisonnier, Eloy, Arizona, 1940 © Radio France

"Quand j’ai arrêté la photographie en 1970, j’ai laissé tomber tout ce qui devait être mon avenir. Je ne savais pas ou cela me mènerait, mais je savais par contre que la photographie représentait tout ce qui comptait pour moi. Apprendre, expérimenter et me remettre en question ont nourri mon quotidien pendant des années : cette faim ne s’est jamais calmée.

C’est difficile d’expliquer comment et pourquoi, photographe au départ, je suis passé ensuite de la création d’une association culturelle à Woodstock à celle d’une galerie commerciale. Parfois, je pense que c’est à cause du refus douloureux d’une galerie New Yorkaise, cela m’avait stoppé dans mon désir d’exister en tant qu’artiste. A d’autres moments, il me semble que c’est la conviction un peu folle que toutes les grandes photos avaient déjà été prises.

Mais mon intérêt pour la photographie ne faiblissait pas : le plaisir de sélectionner et de montrer le travail des autres, la chance de découvrir l’histoire, mais aussi de la révéler m’ont conforté avec bonheur dans ce rôle de galeriste. Par chance, j’avais trouvé ma façon d’apprendre tout en gagnant ma vie : mon enfance à Brooklyn, et un père représentant de commerce furent d’excellentes leçons de débrouille.

Un jour, j’avais fait une bonne vente. Il me restait un peu d’argent, et soudain, je me suis dit, si personne ne veut de cette photo, et bien, elle est pour moi. Je l’ai achetée. Et ce jour là, je suis vraiment devenu collectionneur. J’étais conscient des problèmes éthiques et que certains allaient penser que je garderai le meilleur pour moi même. Aujourd’hui, je regrette certaines images que j’ai du laisser filer, simplement parce que je n’avais pas les moyens de les acheter, j’étais avant tout marchand, le collectionneur venait en second.

J’aime tous les photographes. Mais je me suis concentré très vite sur la photographie du milieu du 20 eme siècle ; peut être parce que je suis un humaniste, parce que j’ai une formation en psychologie, parce que je m’intéresse aux gens. La photographie que j’ai exposée, celle que j’ai collectionnée, est vraiment celle des gens

Mais j’ai plusieurs motivations pour collectionner : il y a aussi la magie. C’est lié au processus photographique, le photographe voit la photo qu’il veut créer. Il la cherche et la réalise. La restitution c’est le tirage. La qualité du tirage occupe une place essentielle.

En fait, je ne suis pas à la recherche du Graal. Il y a beaucoup de photographies que j’aime et que je ne possède pas. Certaines intégreront peut-être ma collection dans les années à venir. Mais elles y entreront pour les mêmes raisons que précédentes : ce sera le bon tirage de la bonne image, trouvé au bon moment. "

Howard Greenberg

Les liens

Le site du Festival Circulation(s) Festival de la jeune photographie européenne

Le site de la Fondation Cartier Du 16 janvier au 21 avril 2013, la Fondation HCB expose la remarquable collection privée du galeriste new yorkais Howard Greenberg. Une centaine de chefs-d’œuvre, caractéristiques des choix avisés du « galeriste-collectionneur », sont  pour la première fois dévoilés au public.

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