Comment photographier la guerre et en revenir ? Qui sont ces hommes et ces femmes partis relater en image le monde qui gronde ? Alizé le Maoult et Edouard Elias racontent.

Le plateau
Le plateau © Radio France / Fanny Leroy

Alizé Le Maoult

autoportrait
autoportrait © Alizé Le Maoult

Eléments de parcours

Depuis son plus jeune âge, Alizé est immergée dans la photographie. Sa passion est née avec son père « photographe amateur de talent », qui transformait la salle de bains familiale en labo photo. D’abord, modèle privilégié de son père, c’est le cinéma qui l’enrôle, très jeune, pour faire ses premiers pas devant la caméra. Après des études de cinéma à New York, Alizé collabore avec des réalisateurs de renom comme Walter Salles, Balthazard Kormakur, Manuel Pradal, Jorge Navas ou encore Elia Suleiman pour le film « Intervention divine » (Prix du jury à Cannes en 2002).

L’année 1995 est une date clef. Le cinéma l’emmène dans la guerre à Sarajevo pour le tournage du film « Le Cercle parfait » d’Ademir Kenovic. Cette expérience professionnelle et émotionnelle forte lui inspirera plus tard, la série de portraits de photographes de guerre « Ce que leurs yeux ont vu / Génération Sarajevo… ». L’être humain, la ville, la nature sont ses terrains d’exploration récurrents et sans frontières. Ses univers visuels se racontent en série : Réconciliation II ; Open Skies ; Capital Shadows ; Pink Shanghai ; CubaBlues, White Washington, sérénité, Vibrations… Elle a exposé à Paris, Sarajevo et Caen.

Edouard Elias

Portrait
Portrait © Edouard Elias

Plus on passe de temps plus on a de chance de faire de bonnes photos.

Eléments de parcours

Né de père égyptien et de mère française, il a vécu 10 ans à Charm-El-Cheikh avant de revenir en France auprès de ses grands-parents. Formé à l’école photo Condé de Nancy, il part photographier des 2012 les camps de réfugiés en Turquie et en Birmanie, puis la guerre en Syrie qui lui vaut d’être exposé à Visa pour l’Image des 2012. Entre juin 2013 et avril 2014, il est retenu 10 mois comme otage en Syrie, un épisode dur qu’il qualifie pudiquement d’ "accident du travail ». A son retour, il travaille beaucoup, photographie des sujets très divers : le zoo parc de Beauval, le viol comme arme de guerre au Congo, Bruno Lemaire, la course à pied en Patagonie, Boko Haram, le Lido… "il n’y a pas de mauvais sujets" mais il avoue avoir envie d’être présent « là où l’histoire se passe ».

PHOTOS CHOISIES

Portrait d’Édouard Elias, par A. Le Maoult/ Photo d' Édouard Elias
Portrait d’Édouard Elias, par A. Le Maoult/ Photo d' Édouard Elias
Édouard Elias
Édouard Elias © Alizé Le Maoult

Cette photo a été réalisée lors de mon premier reportage en Syrie et elle a en quelque sorte fait connaître mon travail. J'avais très peur car nous étions assiégés, un des rebelles s’était réfugié sur le toit pour échapper aux tirs et il a été touché par une balle, ses camarades sont alors venus pour le chercher. La position christique du corps de l’homme a fait naître à mes yeux l’image décisive. Faire référence à des archétypes forts, aide à toucher l’inconscient des gens. E. Elias

Alep, 20 août 2012. Un soldat blessé de l'Armée syrienne libre est porté à l'abri
Alep, 20 août 2012. Un soldat blessé de l'Armée syrienne libre est porté à l'abri © Getty / Edouard Elias
Don Mac Cullin
Don Mac Cullin

Don Mac Cullin : "Quand vous échappez à la mort cela donne une forme d’excitation, il m’a fallu me méfier de cette exaltation"

DonMcCullin
DonMcCullin © Alizé Le Maoult

Don Mac Cullin est pour moi l’un des plus grands témoins des conflits, vivants. A Le Maoult

Hué, Vietnam du Sud, février 1968 Soldat américain en état de choc, attendant son transport à l’arrière durant l’offensive du Têt
Hué, Vietnam du Sud, février 1968 Soldat américain en état de choc, attendant son transport à l’arrière durant l’offensive du Têt © Don mac cullin Contact Press images
Véronique de Viguerie
Véronique de Viguerie
Véronique Viguerie
Véronique Viguerie © Alizé Le Maoult

J’ai pris cette photo deux mois après que mon amoureux ne meurt dans mes bras. J'étais au fond du trou. C’était mon premier reportage après sa disparition. Je me fichais de la mort, je voulais l'approcher au plus près, l'embrasser... Ce reportage est un premier pas vers la vie, il m'a sauvée, je lui dois beaucoup. V. De Viguerie

Nigéria, juillet 2009 - Les militants MEND (Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger) sous le commandement de Tom Atteke reviennent d’une opération contre une plateforme pétrolière vers leur camp caché dans la mangrove du delta du Niger.
Nigéria, juillet 2009 - Les militants MEND (Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger) sous le commandement de Tom Atteke reviennent d’une opération contre une plateforme pétrolière vers leur camp caché dans la mangrove du delta du Niger. © Véronique Viguerie

_Je fais face à cette personne mais elle a le regard ailleurs, elle est désespéré, épuisée, perdue…j’aime aussi ces images où l’on est oublié par le sujet. Je veux susciter une émotion !_ Édouard Elias

Photo exposée à Bayeux
Photo exposée à Bayeux © Edouard Elias

EXPOS

Ce que leurs yeux ont vu…
Musée de la grande guerre à Meaux
(du 1er octobre au 31 décembre 2016)

Portraits, photographies et paroles de photographes de guerre.

Un hommage rendu à ceux qui nous rapportent la réalité du monde qui gronde . Alizé Le Maoult

L’exposition propose une série de portraits des photographes de guerre, réalisés pendant 9 mois, dans 9 pays, 17 villes, de New York à Zagreb, en passant par Barcelone et Oslo, ainsi qu’une sélection de leurs images accompagnées de textes.

Les portraits

Pour chacun, j’ai choisi un seul dispositif, mon Leica et un mur trouvé au hasard près du lieu de rendez-vous. Avec un objectif : réaliser un portrait frontal de chacun d’eux. Sans artifice. Les yeux dans les yeux. Le choix de ce dispositif est aussi une métaphore de la réalité de leur métier, « Sur le terrain, les photographes, à la merci des affres du conflit, se retrouvent « au pied du mur », « dos au mur ». C’est ce que j’ai voulu retranscrire dans cette exposition.

Les archives

Elle a également demandé à chacun d’entre eux de choisir une photographie, tirée de leurs archives, qui symbolise pour eux « la guerre » parmi tous les conflits qu’ils ont couverts, en expliquant la raison de leur choix. Ces images ont été exposée à Sarajevo par la Mission Centenaire 14-18, lors des commémorations internationales de la Première Guerre mondiale.

Au Musée de la Grande Guerre de Meaux, s’est imposée l’idée de faire le lien avec les premiers photographes de guerre. Nous avons donc tracé un arc dans le temps en revenant sur les pas des premiers hommes d’images, dans les rangs de l’armée française grâce aux archives de l’ECPAD (Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense). Ces trente-quatre diptyques présentés dans les collections permanentes du Musée de la Grande Guerre, entrent en résonance avec la guerre que l’on croyait « la der des der » et qui a débuté à Sarajevo.

Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre

A L’espace d’art Le Radar / 24, rue des cuisiniers (3 au 30 octobre 2016)
l’entrée est libre.

Depuis 1994, le prix Bayeux Calvados des correspondants de guerre rend hommages aux journalistes qui exercent leur métier dans des conditions difficiles pour nous permettent d’accéder à une information libre. Expositions, projections, rencontres, salon du livre, actions avec les scolaires.
Édouard Elias y présente un photoreportage mené à bord de l’Aquarius, un bateau venant au secours des boat-people de la méditerranée au bord duquel il a séjourné plusieurs semaines en 2015.

Les boat people de la grande bleue
Les boat people de la grande bleue © Edouard Elias

Secourir les boat-people de la Grande bleue, les écouter, les photographier, rendre compte de leur calvaire, les montrer, c’est leur permettre de faire porter leur voix au-delà des murs que l’Europe dresse. C’est faire, entièrement, pleinement, notre métier de citoyens et journalistes » Édouard Elias (extrait de la Revue BOP Photo analogies opus 3)

Regardez voir aussi

*A découvrir aux éditions de la Martinière « Paris Lumière noire » de Michel Setboun. (que nous avions reçu dans Regardez voir le 30 octobre 2014). Il crée un Paris imaginaire où la lumière devient le personnage principal d’un polar signé Michel Setboun.

*La revue BOP dédiée à la photo argentique offre un portfolio signé Édouard Elias, fruit de 3 semaines passées à bord de l’Aquarius, navire qui porte secours aux réfugiés naufragés de la Méditerranée.

La programmation musicale

Benjamin Biolay - Miss miss (Barclay, 2016)
Placebo - Jesus son (Elevator Lady, 2016)
Sophie Hunger - Round and round (Two gentlemen - 2015)

Les invités

L'équipe

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